Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Enseignement : Michael Gove fait son protectionnisme littéraire

Julien Helmlinger - 26.05.2014

Edition - International - Royaume-Uni - Michael Gove - GCSE


Michael Gove avait prévenu. Il n'aime pas du tout le roman primé du Pulitzer 1961. Aussi cette année, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee se fait dézinguer par le secrétaire d'État à l'Éducation britannique, dans le cadre de l'établissement de la nouvelle liste des oeuvres au programme de la branche littéraire du General Certificate of Secondary Education (GCSE). Sa volonté annoncée consiste à supprimer des auteurs américains de la liste, au profit d'écrivains du pays. Outre-Manche, on ne passera plus son diplôme sans avoir lu au moins un titre de Shakespeare. La colère gronde et le hashtag « Mockingbird » est désormais tendance sur les réseaux.

 

 

CC by 2.0 par ell brown

 

 

Cette semaine, l'OCR, l'un des plus grands conseils d'examen au Royaume-Uni, dévoilera ainsi la nouvelle liste officielle. Elle sera allégée notamment de classiques américains comme To Kill a Mockingbird, Of Mice and Men, ou encore The Crucible. Dernièrement, via un communiqué, Michael Gove estimait décevant la statistique voulant que 90 % des étudiants littéraires britanniques ont par le passé étudié le célèbre roman de Harper Lee. Un livre étranger, et qu'il n'aime pas de surcroît.

 

Tandis que cette nouvelle liste de préconisations littéraires entend se focaliser sur les classiques britanniques, son ministère annonce que les trois quarts des oeuvres au programme seront des livres signés par des auteurs du Royaume-Uni, et la plupart avant le XXe siècle. Le gouvernement précise qu'il ne bannit aucun ouvrage et entend pallier un manque de rigueur constaté par le passé.

 

Mais les critiques n'ont pas tardé à se faire entendre. Ainsi, le secrétaire d'État s'est notamment vu qualifier de « philistin dangereux », par l'acteur et cocréateur de la série TV Sherlock, Mark Gatiss. Bethan Marshall, maître de conférences littéraires du King's College et président de la National Association for the Teaching of English, soutient que le programme semble « sorti des années 1940 ».

 

La plupart des réclamations proviennent des milieux universitaires, des professeurs de littérature ou encore des élèves eux-mêmes. On pointe notamment une ingérence culturelle qui n'est pas au goût de tous, et un appauvrissement de la diversité littéraire du programme. Même une blogueuse âgée de 13 ans à peine, Charli Kimmis, fait la leçon au secrétaire d'État, lui reprochant de « détruire la passion »  de milliers d'enfants comme elle.

 

Du haut de ses 13 ans, la petite militante ne manque pas de lui rappeler qu'on ne peut se permettre d'ôter un titre d'une telle liste en arguant qu'on ne l'aime pas, et revendique le fait que l'Éducation doit permettre aux élèves de s'ouvrir au monde plutôt que de trop se regarder le nombril. Ajoutant non sans humour : « J'aurai bien supprimé les Maths et les Sciences du programme, mais je crains que cela ne fonctionne pas comme ça. »