Entre auteurs jeunesse et éditeurs, de l'eau dans le gaz

Clément Solym - 16.05.2012

Edition - Les maisons - auteurs jeunesse - éditeurs - SGDL


En mars dernier, la Société Civile des Auteurs Multimédia publiait un baromètre des relations auteurs-éditeurs : l'aiguille peine à s'aligner sur le « variable », puisque 31% des hommes et femmes de lettres estiment que les relations avec leur(s) éditeur(s) ne sont pas vraiment au beau fixe (voir notre actualitté). Diagnostics, et ébauches de remèdes ont été proposés à l'occasion du Panorama de la littérature pour la jeunesse.

 

Tous les participants salueront Hedwige Pasquet, directrice éditoriale aux éditions Gallimard Jeunesse, pour avoir accepté l'invitation : seule éditrice autour de la table, c'est à elle que revient la lourde tâche de défendre ses confrères et de porter leur point de vue. Les auteurs jeunesse, représentés par l'auteure et illustratrice Géraldine Alibeu, sont en effet les plus mal lotis en terme de droits et d'à-valoir, environ moitié moins que les auteurs de littérature générale. « Pour tous ceux qui démarrent et que je rencontre, c'est beaucoup moins que 8% de droits d'auteur, c'est très difficile pour commencer » rappelle d'emblée la femme de Lettres.

 

De gauche à droite : Marie Sellier, Hedwige Pasquet, Maïa Brami, Géraldine Alibeu, Emmanuel de Rengervé

 

 

Et tout le monde ne peut pas se permettre de tirer un trait sur sa rémunération, comme Daniel Pennac qui aurait joué 200.000 € sur un simple pile ou face, une anecdote quasi-légendaire rapportée par Maïa Brami, auteure et modératrice  de la table ronde. Saluons son efficacité par ailleurs : aucun pugilat ne fut à signaler). Les traits, Emmanuel de Rengervé en a plein son carquois de juriste du Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs (Snac), et les décoche d'abord vers les services juridiques des maisons d'édition : « Le couple auteur-entreprise, c'est-à-dire le couple auteur-celui qui propose les contrats, est de loin le plus crispé : c'est la personne morale, plus que la personne physique, qui pose problème dans le couple. » Par exemple, la conservation des droits pendant 70 ans, post-mortem, représente une source de frustration pour le créateur.

 

Le problème central, souligne de Rengervé, réside dans ses « pratiques qui s'instaurent par les contrats proposés, sans que l'on sache vraiment sur quoi se basent ses pratiques, excepté les contrats. Avec le temps, on dira "C'est la réalité, la règle..." »

 

Des traitements que l'on fige, donc, malgré un paysage éditorial qui s'élargit avec le numérique, par exemple. Le contrat passé avec l'auteur, selon le juriste de la Snac, est un monolithe beaucoup trop intouchable, dont les récentes clauses numériques sont le symbole : la plupart du temps passées sous silence, elles restent un « cas d'espèce ». Ce qui n'est pas le cas de cette « tradition » éditoriale qui laisse dubitatif : auteur et illustrateur d'un même album jeunesse se partageront ainsi les droits qu'un auteur seul aurait reçus, dans une symbiose parfaite qui ne satisfait personne, sauf les finances des maisons d'édition.

 

 

Marie Sellier, vice-présidente du Conseil Permanent des Écrivains (CPE) a un rêve : « Que tous, on se mette autour de la table, pour discuter de la rémunération des auteurs », et la réalité l'a presque entendue aujourd'hui. Journaliste avant de gagner sa vie en tant qu'auteure, elle observe depuis les « fluctuations » de ses revenus, et s'inquiète de la baisse des prix de vente (normalement) induite sous peu par le livre numérique : un jour noir qui s'annonce pour les auteurs si leurs pourcentages sont amputés à la sauvage.

 

Parce que, certes, les albums jeunesse sont coûteux à réaliser (car hétérogènes, parfois composites), certes, la concurrence est rude (10.000 sorties/an), certes, le prix moyen du livre jeunesse a toujours été plus bas que celui de la littérature générale, et ce sont souvent les auteurs qui paient les pots cassés. « J'ai connu une époque où il était possible de vivre de son art. Les livres étaient suivis, le fond aussi, et un ouvrage pouvait espérer se vendre pendant 10 ans » souligne Marie Sellier, les yeux perdus dans un Eden aux pourcentages florissants. 

 

La salle, où les « chartistes » - adhérent à la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, et non des personnages de dessin animé - sont largement majoritaires, acquiesce bruyamment lorsqu'Emmanuel Rengervé souligne les faibles intérêts de l'auteur dans la cession des albums à l'international : celui-ci sera rémunéré par rapport au prix de vente à l'éditeur étranger, et non par rapport au prix de vente final, celui auquel son album sera vendu hors frontières. Difficile pour Hedwige Pasquet de s'excuser sur ce coup-là, plutôt pendard. 

 

Dépassés par les exigences quantitatives de leur propre production, les éditeurs tentent de concilier suivi des auteurs et satisfaction du cahier des charges, au détriment d'un contact solide et émulateur avec les créateurs, surtout du côté des nouveautés numériques, pour lesquelles l'auteur doit bien souvent se débrouiller seul. Une refonte structurelle de la rémunération des créateurs ? Probablement plus efficace qu'un passage sur le divan pour ranimer le couple éditeur-auteur.




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