Entre autrices et auteurs, un traitement médiatique déséquilibré

Camille Cado - 19.03.2019

Edition - International - autrices auteurs inégalités - autrices auteurs sexisme - auteurs hommes monopole


La couverture médiatique des autrices est-elle la même que celle des auteurs ? D’après ce nouveau rapport intitulé « Emilia, Are you serious? », un fossé existerait entre le traitement commercial d’une œuvre qu’elle soit écrite par un homme ou par une femme. L’étude réalisée par la journaliste américaine Danuta Kean révèle en effet que les livres rédigés par des hommes bénéficient d’une couverture médiatique plus importante de 12 % que leurs homologues féminines. 

(photo d'illustration : portrait d'Emelia Bassano Lanier, domaine public)


Le projet de Danuta Kean part d'abord d'un constat : Emilia Bassano Lanier, première femme anglaise à publier un recueil de poèmes et donc à s'affirmer comme poétesse professionnelle, n'est connue que dans les milieux universitaires.
 

À se dame-ner ?


« Je suis convaincu que si les femmes avaient été égales aux hommes à ce moment-là, Emilia aurait été connue de tous. Au lieu de cela, la grande majorité de son travail a été perdue », déplore Morgan Lloyd Malcolm, dramaturge de la pièce de théâtre Emilia (Oberon) qui a commandé ce rapport. 

Le rapport de 18 pages commence avec une analyse comparative de campagnes de 10 ouvrages – cinq écrits par des femmes et cinq autres par des hommes. Danuta Kean et Isabel de Vasconcellos mettent en regard chaque paire d'ouvrages de travail comparable, appartenant à un même genre et publiés au même moment. Mais pour chaque duo, l'ouvrage écrit par l'homme a bénéficié d'une couverture médiatique plus importante que celui rédigé par la femme. 

Par exemple, ni Joanne Harris ni Rowan Coleman n'ont reçu de campagne de lancement pour la sortie de leur livre (respectivement A Pocketful of Crows et The Summer of Impossible Things) alors même que ce sont des autrices à succès, précise le rapport. Neil Gaiman et Matt Haig, deux auteurs comparables à ces dernières, ont reçu une large campagne. 
Les deux femmes concluent qu'il y a un manque évident d'égalité dans le traitement médiatique des ouvrages entre les femmes et les hommes. Alors que How to Stop Time de Matt Haig a été mentionné 12 fois par des journaux, son homologue, The Summer of Impossible Things par Rowan Coleman n'a été cité que 3 fois.
 

Des préjugés sexistes qui perdurent 


Les critiques des oeuvres ont aussi été examinées. Et si l'écriture des hommes est souvent considérée comme « plus littéraire », les autrices ont, elles, deux fois plus de chances que les auteurs de voir leur âge apparaître dans la chronique. Selon le rapport, les critiques des ouvrages de femmes semblent s'attarder sur des futilités bibliographiques. 

La deuxième partie du rapport se concentre sur plusieurs interviews d'autrices telles que Kate Mosse, Susan Hill et Rowan Coleman. « Pour un homme, écrire est une carrière », a déclaré Coleman. « Pour une femme, son écriture est traitée comme un passe-temps, une bonne chose à faire en parallèle d'un vrai métier. Et cela est profondément ancré dans notre culture. » 

Joanne Harris poursuit : « Les femmes sont toujours considérées comme traitant uniquement des problèmes des femmes futiles, alors que les hommes, eux, traitent de thèmes universels importants. »

Kate Moss affirme que le seul ouvrage d'une femme ne suffit pas pour une couverture médiatique. Elle affirme avoir toujours été interrogée sur son âge lors d'une interview, ainsi que sur d'autres détails sur sa vie personnelle. 

Sarah Hilary, journaliste, a déclaré que les femmes « devaient s'exposer elles-mêmes pour faire la campagne de leur ouvrage » contrairement à l'auteur pour lequel on se concentre sur son oeuvre et sa valeur littéraire. 
 
Le rapport Emilia pointe aussi du doigt le caractère stéréotypé des couvertures des ouvrages écrits par des femmes, qui « sapent la crédibilité de la fiction chez les femmes et leur capacité à être prises au sérieux ». 

Le rapport Emilia a été commandé par les producteurs de la pièce de théâtre Emilia. « Les conclusions du rapport sont importantes, car elles montrent pourquoi il est essentiel d'écouter ceux qui sont exclus du petit groupe d'hommes blancs. L'idée que les femmes écrivent des ouvrages domestiques sans valeur littéraire est un mensonge. Nos ouvrages ont autant à dire sur la condition humaine que ceux des hommes », a déclaré Morgan Lloyd Malcolm.

Le rapport complet est à retrouver à cette adresse.


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