Entre gratuité et valorisation : l'éthique du piratage

Clément Solym - 09.04.2010

Edition - Société - téléchargement - livre - pirater


Un petit scandale éclatait gentiment, sans faire trop de morts pour le moment, après qu'un chroniqueur du New York Times a annoncé avoir téléchargé par le biais de réseaux spéciaux la version ebook de Under the Dome.

Selon ce bonhomme, spécialisé dans les questions d'éthique, sa démarche n'avait cependant rien d'illégal, et même, n'était en rien contraire à l'éthique. « Le téléchargement qui suit est semblable à l'achat d'un CD que vous copiez sur votre iPod. L'achat d'un livre ou d'un morceau de musique doit être considéré comme celui d'une licence pour pouvoir en profiter sur n'importe quelle plateforme. Malheureusement, les conventions anachroniques de la librairie et du droit d'auteur sont en retard sur la technologie. »

Pirate ou lecteur passionné ?

Dans un immense papier, Ars Technica revient d'ailleurs sur la question, en évoquant tout à la fois l'éthique du piratage, mais également la diffusion gratuite des oeuvres et ses enjeux. Est-on forcément affublé d'un bandeau sur l'oeil et d'une jambe de bois, avec un crochet à la main gauche et un sabre dans la droite (sans oublier la fiole de rhum entre les dents), quand on agit comme notre fameux chroniqueur ?


Nos confrères posent la question intelligemment : « Est-il vrai que l'achat d'une oeuvre résultant de la propriété intellectuelle vous donne droit, avec la question de morale, si ce n'est celle de la loi, de transférer des mots, ces sons ou ces images, sur un ordinateur, des iPods, des smartphones ou un lecteur ebook ? » Anéfé...

Le droit des mots, le choc du veto

On se trompe souvent en croyant que l'on achète le contenu d'un livre : on n'achète que son contenant. Le texte reste toujours la propriété de son auteur, qui, pour le faire simple, a délégué à l'éditeur la gestion de ses droits. D'un autre côté, l'achat direct de contenu numérique pose la question de l'interopérabilité, évidemment, et du rachat potentiel d'une oeuvre qui ne serait pas compatible avec un autre support.

La conclusion, et permettez que l'on ne soit pas vraiment en désaccord avec eux, c'est qu'offrir une version numérique pour l'achat d'une version papier est une belle idée. C'est celle des éditions Dialogues en France, et à ce titre, elle mérite d'être largement saluée.

Quelle valeur pour ce qui est gratuit ?

Sauf que nombre d'éditeurs ont tendance à croire qu'en agissant ainsi, ils dévalueront la force du livre numérique. Le souci serait simple : ne plus voir dans l'ebook qu'un cadeau bonus. Et puisque la révolution numérique est en route, une telle idée dans l'esprit du public ne manque pas d'être un chouia dangereuse.

Autre question pertinente en diable : puisque l'on peut faire le transfert d'un CD vers son ordinateur (rappelons que l'on paye une taxe copie privée pour ce faire, puisque le disque dur est taxé...) pourquoi cela ne serait-il pas possible pour un livre ? Il suffirait après tout de deux semaines de frappe sur son clavier pour récupérer l'intégralité du texte, un peu de relecture et hop, on transforme en ePub... Oui, assez irréaliste.

Alors que faire ?

Légalement, c'est interdit de télécharger, alors la solution manu militari... En attendant des scanners de livres comme les logiciels de compression de musique pour les albums CD sont arrivés ?