Entre hommes et femmes dans l'édition, la parité à petits pas

Clémence Chouvelon - 22.05.2015

Edition - Société - Observatoire égalité hommes femmes - ministère de la Culture - CNL


Le Ministère de la Culture et de la Communication a publié pour la troisième année consécutive son Observatoire de l'égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication, en termes de rémunération, d'accès à des postes de direction et de visibilité dans les secteurs du patrimoine, création artistique, cinéma et audiovisuel, livre, et presse. Si les résultats de 2014 sont encourageants, on observe néanmoins peu d'évolutions notables pour la parité par rapport aux années précédentes, notamment dans le monde du livre et de l'édition.  

 

 

The Greatest Game in the World -- His Move

MCAD Library, CC BY 2.0

 

 

En 2013, 25 % des postes de direction dans les 20 plus grandes maisons d'édition françaises étaient occupés par des femmes. Elles étaient 67 % à occuper des postes de direction ou de responsable éditorial, et 39 % à d'autres postes de direction (directeurs commerciaux, financiers, ressources humaines...). Sur 148 dirigeants, 69 sont des femmes, soit près de 47 %. 

 

En termes de rémunération, l'écart de salaire entre hommes et femmes s'élève selon des chiffres de 2012 à 20 %. Dans le secteur du livre, de la presse et de l'édition, la part des femmes à la direction des 100 plus grosses entreprises culturelles en France reste inchangée : tout comme en 2014, elles sont 9 % au 1er janvier 2015 à occuper des postes de direction, ce qui représente 4 femmes pour 39 hommes.

 

 

 

 

 

Évolution notable, la part des femmes dans les commissions du Centre national du livre a fortement progressé, puisqu'on y atteint la parité (50 %) et elles sont 41 % à présider. On observe cependant de fortes disparités entre les différentes commissions : si dans la commission de Diffusion (en bibliothèques) les femmes sont largement représentées (92 %), dans la commission des librairies francophones à l'étranger (23 %) et de l'Art et bibliophilie (27 %), elles restent minoritaires. 


 

Les subventions accordées par le CNL aux auteurs et traducteurs concernent à 38 % des femmes en 2014 contre 41 % en 2012. L'écart dans le montant des aides se réduit, de 19 % à 22 % en 2012, avec des aides moyennes de 5251 € pour les femmes et 6462 € pour les hommes. 

 

 

Les femmes restent toujours aussi peu représentées dans les médias, les programmations artistiques ou les salons. Le livre reste cependant le secteur où elles ont le plus de visibilité (30 %), face à la musique (5 %). Pour ce qui est des récompenses artistiques, 24 % de femmes ont été récompensées, de 170 prix littéraires (sur 735 lauréats), sur une période de 114 ans. 

 

Des inégalités deux fois plus fortes chez les artistes-auteurs 

 

Selon un rapport mis en ligne par le comité des Artistes-Auteurs Plasticiens (CAAP) et basé sur des documents de l'IRCEC et fondé sur les statistiques fournies par la MDA-sécurité sociale et l'AGESSA portant sur les revenus 2011 des artistes-auteurs affiliés (comprendre les artistes-auteurs ayant des revenus supérieurs au seuil d'affiliation), parmi ces derniers, le revenu moyen annuel des femmes est de 22.000 €, celui des hommes de 33.000 €, et 50 % des femmes gagnent moins de 13.345 €.

 

En France, parmi les salariés, les hommes gagnent en moyenne 25 % de plus que les femmes, une inégalité deux fois plus forte chez les artistes-auteurs, puisqu'ils gagnent en moyenne 50 % de plus. Quand on s'intéresse plus spécifiquement aux écrivains, 50 % sont des femmes gagnant 27.000 € contre 41.000 € pour les hommes. Ils gagneraient 52 % de plus que les femmes. 

 

 

Le rapport de l'Observatoire de l'égalité entre les femmes et les hommes, sorti en mars, a été peu relayé et est passé relativement inaperçu. Mardi, La commission des Affaires sociales de l'Assemblée a examiné le projet de loi du ministre du Travail Rebsamen, concernant l'égalité hommes femmes au travail, et l'a adopté mercredi 20 mai. (via L'Express)

 

Un texte qui fait débat, du fait de la suppression prévue, pour simplifier le dialogue social, de deux articles du Code du travail qui obligent les entreprises de plus de 300 salariés à produire annuellement un rapport de situation comparée (RSC) sur la place des femmes et des hommes dans la société. Ce qui reviendrait à supprimer un outil de lutte contre les inégalités.