Entre l'auteur et son agent littéraire, quelle relation, quelles collaborations ?

David Pathé Camus - 23.09.2019

Edition - Société - agent littéraire - métier agent littéraire - histoire littérature édition


DOSSIER – Comprendre la relation entre l’agent littéraire et ses interlocuteurs, tant les auteurs qu’il représente que les éditeurs avec lesquels il échange et négocie permet de mieux saisir son importance. Chaque agent a sa manière, sans qu’aucune ne prévale sur les autres. Avec le concours de David Pathé-Camus, ActuaLitté propose une grande réflexion sur ce métier bien plus essentiel qu’il n’y paraît.


 

Je dis bien « son agent littéraire », et non pas « un agent littéraire », car beaucoup d’éditeurs travaillent en permanence avec des agents littéraires, mais ceux-ci ne sont pas « leur » agent littéraire. Ils sont ceux de leurs clients. Ils sont « votre » agent, à vous, auteur. L’agent est là pour vous défendre. Il est payé par vous, pour travailler à défendre vos intérêts — qui se confondent avec les siens. Si vous ne gagnez rien, l’agent ne gagne rien non plus. D’où l’importance de la confiance mutuelle dont je parlais précédemment, qui doit être absolue.  
 

Agent, vecteur de publication


Or, paradoxalement, même si certains éditeurs râlent un peu lorsqu’un auteur prend un agent, ce ne sont pas forcément eux qui voient les agents du plus mauvais œil. Les éditeurs — surtout ceux œuvrant dans le domaine des littératures étrangères — ont l’habitude des agents. Ils les rencontrent souvent et entretiennent, la plupart du temps, de très bons rapports avec eux. 

Une bonne relation avec un agent permet de gagner du temps et de recevoir de bons textes, rapidement. Ceux qui ont le plus de mal à faire confiance aux agents sont les auteurs eux-mêmes, qui pourtant auraient le plus à y gagner. Pourquoi ? Plusieurs raisons à cela. D’abord, par méconnaissance. Beaucoup d’auteurs ignorent que ce métier existe. Ensuite, parce que les agents interviennent justement dans ces domaines que les auteurs connaissent le plus mal : financier et juridique. Un éditeur, aux yeux d’un auteur, peut toujours se parer de l’aura littéraire. Après tout, il est la destination finale de l’auteur et du manuscrit : la publication. 

Mais un agent ? Il n’est bien souvent, aux yeux des auteurs débutants, qu’un palliatif. Un mal nécessaire dont l’auteur se débarrassera à la première occasion — considérant son agent comme un « coût », un poste de dépense et non pas de recettes. Et oubliant au passage que des auteurs aussi confirmés que Michel Houellebecq, J.K. Rowling ou Stephen King ont tous des agents, et que ce n’est pas parce qu’ils ont du mal à trouver un éditeur. 
 

Parlons d'argent, c'est le moment


D’ailleurs, comment un auteur pourrait-il calculer (et donc accepter de payer) la valeur ajoutée que lui apporte un agent, puisque, dans la plupart des cas, il ne comprend même pas les conditions de départ ? Beaucoup d’auteurs se disent : « Je peux gagner 3000 € avec mon manuscrit, mais si je prends un agent je vais devoir payer en plus une commission de 15 % dessus. » Hormis le fait que ce calcul est erroné et ne correspond à rien dans la réalité – ce que peut rapporter un manuscrit ne se limite pas à l’à-valoir –, il faut savoir qu’un auteur qui raisonnerait ainsi fera le bonheur de tout agent en ne venant PAS solliciter ses services. 


Oscar Wilde écoutant (un peu...) son agent littéraire (apocryphe)

 
La plupart des agents travaillent à moyen-long terme, et se font fort de négocier l’ensemble des termes du contrat, afin que si le livre est un succès, celui-ci rapporte plus que si l’auteur l’avait négocié seul. 

Cela peut paraître difficile à entendre, et beaucoup ne partagent pas mon avis, mais j’ai tendance à penser que la valeur d’un livre n’est pas subjective — ni sa valeur commerciale ni sa valeur littéraire. Un agent connaissant bien son marché sait combien vaut votre livre, et ce qu’il peut espérer en obtenir sur le marché des éditeurs. Vous devez lui faire confiance — et le tenir au courant, de tout. 
 

La représentation, ou les trois coups frappés


Lorsqu’un agent accepte de représenter un auteur, il lui envoie ce que nous appelons un « mandat de représentation », autrement dit une sorte de contrat fixant les modalités de leur collaboration, notamment la durée pour laquelle l’auteur est représenté (généralement un an ou deux), la rémunération de l’agent (varie de 10 à 20 % en fonction des territoires et du type de droits travaillés), et les obligations des uns et des autres. 

Ainsi, c’est à l’agent qu’il revient de s’occuper des soumissions des manuscrits — pas à l’auteur. Parmi mes règles, il y a celle-ci à laquelle je tiens tout particulièrement : « Si j’estime que ce n’est pas prêt, je n’envoie pas. » Êtes-vous prêt à l’accepter ? Si non, alors c’est que je ne suis pas l’agent qu’il vous faut (un autre le sera peut-être). 

Le métier d’un agent c’est de faire en sorte que les éditeurs ouvrent ses mails. Si les éditeurs commencent à se dire que je leur envoie n’importe quoi, ils jetteront vite mes mails à la poubelle — sans les ouvrir. Ils sont les acheteurs, nous sommes (nous, agents), les vendeurs. À nous de veiller à leur envoyer les produits (manuscrits) qui leur correspondent le mieux. Un éditeur pourra nous pardonner de lui envoyer un manuscrit qui ne lui correspond pas. Mais il ne comprendrait pas qu’on le fasse systématiquement, ou qu’on lui envoie des horreurs — manuscrits non relus, mal construits et truffés de fautes d’orthographe. 



 

Jusqu'à ce que la mort vous sépare ? Non...


C’est pourquoi — afin de préserver ma relation avec les éditeurs, et donc de servir au mieux les intérêts de mes clients — j’ai toujours relu et retravaillé les manuscrits de mes auteurs, et je leur sais gré de m’avoir écouté. La plupart de leurs manuscrits ont été pris, et souvent aux enchères.

Autrement dit : si vous décidez d’aller voir un agent, ce n’est pas pour avoir des remords après. Comme toute relation, celle qui vous unit à votre agent peut se terminer.

Je considère qu’à partir du moment où je choisis de représenter quelqu’un, c’est pour la vie. Peu importe que mon auteur ait ou non du succès — je crois en lui, je crois en moi, et un jour ou l’autre, pourvu qu’il travaille et soit bien accompagné, il aura ce succès que je pressens pour lui. 

Mais il est important également que la relation unissant auteur et agent soit choisie et assumée par les deux parties. C’est pourquoi la durée du mandat qui les unit n’est généralement que d’un an ou deux. (Quand mes amis éditeurs apprennent cela, eux qui ont l’habitude de faire signer des contrats allant jusqu’à 70 après la mort de l’auteur, ils sont toujours à deux doigts de tourner de l’œil.)

Nous sommes dans un métier où nous ne pouvons pas contraindre. En tant qu’agent, je ne peux pas contraindre un éditeur à lire (et encore moins à acheter) un manuscrit. On ne peut pas contraindre un auteur à écrire. Et l’éditeur ne peut pas contraindre le public à acheter le livre qu’il a mis sur le marché. C’est pourquoi j’aime tant ce métier : nous sommes sans arrêt confrontés à la liberté de l’autre. 

Maintenant que vous avez trouvé votre agent, et travaillé votre manuscrit avec celui-ci, vient le moment où votre agent vous annonce que votre livre est enfin prêt à être envoyé aux éditeurs. Cette étape, cruciale, est celle de la soumission. 
 
Prochain article : « La soumission – partie 1 »


Précédemment : Comment trouver un agent littéraire : travailler à deux

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu 


Commentaires
Bonjour David,

Tout d'abord bravo et merci pour la qualité de vos articles. J'ai longtemps cherché un dossier clair et exhaustif sur ce métier méconnu... Le voici ! Prévoyez-vous éventuellement de présenter, à titre informatif, un contrat-type entre agent et auteur ? Si non, pourriez-vous m'indiquer comment en prendre connaissance ? Merci d'avance pour votre réponse.
Bonjour Clem,



et merci. En ce qui concerne les contrats types, il n'y en a pas. J'y reviendrai dans un prochain article, mais, en gros :



- étendue (types de droits / oeuvre(s) / territoires) de la représentation

- durée de la représentation : généralement un an ou deux, renouvelable par accord tacite. Chaque partie peut y mettre fin quand elle le souhaite.

- commission : 10 à 20%. (Mais, en règle générale : 15% sur le national, 20% sur l'étranger et l'audiovisuel.)

- l'agent est responsable des soumissions

- l'auteur s'engage à transmettre à l'agent toute demande reçue de son côté



Ce sont des contrats généralement très courts (3 pages dans mon cas).



Bien à vous



David
Merci pour votre réponse
De plus en plus intéressants ces articles, hâte d'avoir la suite grin
Bonjour Alex,



Merci beaucoup. J'espère qu'ils vous plairont jusqu'à la fin. Au plaisir, David
Un grand merci pour la qualité de vos articles. Votre exigence et professionnalisme me mettent la barre haut moi qui me lance dans l'arène en tant qu'agent. Mais on sent votre passion intacte pour ce magnifique métier de passeur. C'est exactement ce qui m'habite ! Impatiente de lire la suite. Sylviane
Bonjour Sylviane,



merci. Vous avez raison, c'est un métier de "passeur". Parfois, je compare le métier d'agent à celui de libraire : nous sommes là pour comprendre les besoins de nos acheteurs et leur apporter le livre qui leur correspond le mieux. (Sauf que, à la différence des libraires, nous ne pouvons vendre (les droits d')un même livre qu'à un acheteur à la fois !)



Au plaisir,



David
Bonjour et merci pour ces articles vraiment très intéressants. Je les ai tous lus (dans le désordre). Pour ma part j’ai déjà écrit une bonne 30n de livres (y compris pour d’autres). Mais si je sais écrire, je ne sais pas vendre. Et encore moins « me » vendre. ). En revanche j’ai trouvé en 15 mn un éditeur pour un de mes clients !!! Concernant mes propres ouvrages, j’ai déjà travaillé avec de très bons éditeurs mais pas pour des fictions. Au bout d’un moment je me suis tellement désespérée que j’ai « balancé » (c’est le mot car ça me rendait si malheureuse que j’en suis tombée malade !) quelques manuscrits sur amazon. Ce qui est contraire à mon éthique et ne sert à rien car les livres sont mis en valeur selon leur nombre de ventes. EX. j’ai publié un roman très novateur sur l’Impératrice Elisabeth d’Autriche et le Prince Albert 1er de Monaco, il arrivait en page 53 . Alors que les plus anciens qui ont le plus vendu arrivent en tête (ex. celui de Jean des Cars publiée il y a plus de 30 ans !!!) Tant que je n’aurai pas un agent, je n’en sortirai pas. 2 QUESTIONS :

1/ - où et comment trouver un agent sérieux (ex. l’auteur de ces articles) ?

2/ - le fait de ne pas habiter Paris serait-il un handicap ? (NB : j’habite un paradis dans le Mercantour à 18 km de Menton et 28 km de Nice).

Bien cordialement.

michellelemaire.ecrivain@gmail.com
Bonjour Tara,



Merci pour votre commentaire. Je vais commencer par répondre à votre question n°2 : je vous rassure, ce que les éditeurs prennent en considération quand ils décident (ou non) de vous publier, c’est votre manuscrit – pas votre adresse. Ce qui nous vaut d’ailleurs le plaisir de lire des livres venant du monde entier. En ce qui concerne votre question n°1 : la plupart des agents ayant pignon sur rue, vous devriez pouvoir les trouver sur Internet à l’aide d’une recherche portant sur les « agents littéraires » (ou "agence +littéraire"). Quant à leur sérieux – ou manque de sérieux –, à vous de l’évaluer. Rencontrez-les. Parlez-leur. Écrivez-leur. Faites, comme disent les Anglos-saxons, votre travail de « due diligence » (« diligence raisonnable »).

En vous souhaitant le meilleur,



David
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