"Entre manger et acheter un livre", les Espagnols n'hésitent pas

Cécile Mazin - 24.08.2014

Edition - International - Planeta Grupo - production livres - Che Guevara


Gros mouvement de foule autour de l'écrivain espagnol J.J. Benitez, qui intervenait hier à Panamá. L'auteur critiquait vivement les éditeurs de la péninsule ibérique, qu'il accuse de ne pas prêter attention à la situation économique « désastreuse ». Et de déplorer que l'ambition, qui dévore le monde depuis toujours, continue de faire des émules, et conduis « à la catastrophe et la guerre ».

 

 

 

 

« Il est curieux que les éditeurs puissent l'ignorer : je veux dire qu'il n'est pas normal qu'un éditeur comme le Grupo Planeta, publie 800 livres par an, quand les gens en Espagne, entre manger ou lire un livre, n'hésitent pas. » Ainsi parle l'auteur, présent à la Feria Internacional del Libro de Panamá, qui se tiendra jusqu'à dimanche. Et d'imaginer un monde meilleur dans lequel les éditeurs établiraient une sélection de 80 titres, plutôt que 800 annuels. 

 

Une simple question « de bon sens, parce que les gens n'ont pas d'argent, pas d'emploi et aucun moyen, quand il y a près de 4 millions de chômeurs, qui représentent presque 27 % de la population ».

 

Pour mille écrivains qui publient quelques-uns seulement s'en sorte, et « malheureusement », ce n'est pas à cause de ces quelques-uns que les autres souffrent, « mais en raison des circonstances ». Son dernier livre, a connu cinq rééditions, apprécie-t-il, « ce qui n'est pas mal pour l'époque, du moins en Espagne ». 

 

Dans le pays, analyse Benitez, « quatre écrivains vivants en subventionnent mille qui ne vendent absolument rien », et, pourtant, les maisons continuent de publier beaucoup. Voire trop ? Une intervention sans arrondir les angles, mais sans violence.

 

Les fidèles de Fidel

 

En revanche, la conférence de Juan José Armas Marcelo, le même jour, aura nécessité l'intervention de la police. Aucun lien avec les déclarations sur l'état de l'édition de Benitez, mais plutôt avec le livre Requiem habanero por Fidel que présentait Armas Marcelo. Des partisans du leader de la révolution cubaine ont réagi vivement aux éléments relatés dans son ouvrage. Un roman, une fiction, mais qui met en scène Castro et Che Guevara.

 

« Vive Fidel », « Je défends la révolution cubaine » ou « Vous êtes anti-Castro », autant de déclarations venant de la foule qui ont mis le feu aux poudres. La police a dû intervenir pour retenir une personne qui s'est avancée. Armas Marcelo, autre écrivain espagnol présent autour de la table assure à l'agence EFE qu'il s'attendait à une pareille réaction épidermique. « Il me semble qu'il y a toujours des gens comme ça, les gens n'acceptent pas qu'on ne partage pas leur avis. »

 

L'ouvrage serait pourtant dépouillé de toute notion idéologique, et même politique. « Je ne suis pas étonné, et ne trouve pas cet acte scandaleux », explique-t-il.