Épinal : la libraire remporte “une victoire” contre le casier d'Amazon

Nicolas Gary - 30.04.2019

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Début décembre, à quelques heures des achats de Noël, Isabelle Colin de la librairie Quai des mots, s’agaçait d’un fâcheux voisin. En effet, la gare d’Épinal, et donc la SNCF, avait installé un casier Amazon. Cet outil de stockage permet aux clients de retirer des achats, sans se préoccuper de l’horaire. Mais pour la librairie, la pilule ne passait pas.

Amazon Lockers
Richard Ellis, CC BY NC 2.0


La réaction, qui avait pris forme sur les réseaux sociaux, s’était par la suite concrétisée avec une dimension plus juridique. En effet, deux actions étaient intentées : une plainte pour « concurrence déloyale », l’autre dénonçant une installation « réalisée au mépris total de la réglementation applicable ». C’est que la gare est un bâtiment historique, et l’on n’y adosse pas n’importe quoi, quand bien même ce serait un bloc métallique avec un large sourire.

Fin février, la seconde partie de la requête obtenait gain de cause : dans un communiqué, la SNCF assurait que la borne de retrait de colis d’Amazon allait être mise hors service. « En réalité, c'est Amazon qui a senti le vent tourner, en perdant la bataille de la communication, et qui a désactivé ses casiers », indique Isabelle Colin à ActuaLitté. La démarche de la librairie, examinée par l’architecte des Bâtiments de France avait également fini par aboutir : appuyée par la mairie, sa procédure débouchait sur un avis défavorable de l’autorité. Donc, démontage illico

« Je ne vais pas nier ma satisfaction, mais ce n'était pas que mon combat à moi. La mairie est venue très rapidement se saisir de cette affaire et ce sont eux qui ont demandé qu’une autorisation soit demandée [par la SNCF et Amazon, NdR] », assurait alors Isabelle Colin.

Pour autant, et la SNCF avait charitablement averti, les casiers n’allaient pas disparaître. Et la polémique ne manquera pas de reprendre, puisque le locker a été réimplanté, cette fois sous terre, à l’intérieur de la gare. Accessibles directement à qui se rend sur les différents quais, les casiers n’ont donc pas disparu.

Selon Vosges matin, qui en publie les photos, c’est ce 29 avril que la grosse boîte jaune a fait sa réapparition – en somme, 1 partout, balle au centre entre la librairie et le cybermarchand. Mais restait alors l’action pour « concurrence déloyale » : Isabelle Colin demandait réparation pour les trois mois durant lesquels le Locker lui avait fait de l’ombre.

La SNCF, elle, se réfugie derrière l’avis que les services du maire, Michel Heinrich, avaient communiqué le 4 mars dernier. Et qui suivait « la recommandation de l’Architecte des bâtiments de France chargé d’étudier la déclaration préalable d’installation d’un casier Amazon devant la gare ». En effet, faire disparaître de la voirie l’impétrant, certes, mais l’avis n’interdisait pas de relocaliser le locker en sous-sol, indique Via Vosges.
 

La victoire et le symbole


Contactée par ActuaLitté, Isabelle Colin souligne : « Que le casier soit remis dans la gare, on le savait. Je n’ai de toute manière pas la prétention de me battre seule contre Amazon. En revanche, cette action symbolique est une belle victoire. »

De vivre avec ce casier posé si manifestement, et sans autorisation, était un véritable poids. « Si, légalement, sa présence dans la gare est autorisée, c’est vers la SNCF qu’il faudrait se tourner pour comprendre comment ils peuvent instaurer ce genre de partenariat avec Amazon. »

Se présentant en modeste lanceuse d’alerte, la libraire rappelle surtout que c’est l’intervention de la mairie et son avis négatif qui ont fait pencher la balance. « Et puis, cela nous a servi, sans être arrogante, à faire prendre conscience aux clients des conséquences qu'implique leur manière de consommer. Sur ce point, nous avons gagné ! »

Et d’évoquer les messages venus de consœurs et confrères en France, mais également des autres commerçants de la ville. « Certains habitants sont venus dans la librairie, pour me dire qu’ils avaient réfléchi, et comprenaient mieux les enjeux. »

Coprésidente, avec Olivier Huguenot, de l’association des librairies indépendantes de Lorraine, Isabelle Colin savoure ce recul du géant américain. « On ne s’est pas laissé faire, et cela a permis de faire parler des librairies indépendantes, ou encore du prix unique du livre — parce que c’est encore trop peu connu. »

Quant à l’action pour concurrence déloyale, son conseil et elle n’ont pas encore tranché. « Ce n’est pas pour l’argent : on demandait 1 € de dommages-intérêts et les frais de justice. Ce serait un autre symbole que cette condamnation, mais pour le moment, nous y réfléchissons. »


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