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Éric Zemmour, un chevalier blanc pour Marine Le Pen

Clément Solym - 28.05.2012

Edition - Justice - Éric Zemmour - Marine Le Pen - Christiane Taubira


L'auteur et chroniqueur Éric Zemmour, bien connu pour ses prises de position en porte-à-faux avec ce qu'il désigne régulièrement comme une pensée unique teintée d'angélisme, fait encore parler de lui pour les mêmes raisons. Après une chronique diffusée sur RTL et consacrée aux premières mesures de la ministre de la Justice Christiane Taubira, l'auteur de Mélancholie française est accusé par SOS Racisme et le Mrap d'avoir tenu des propos « racistes » et « machistes ». Marine Le Pen, elle, parle de « quasi-dissidence ».

 

Les chroniqueurs de droite peuvent se réjouir : désormais, ils sont dans l'opposition, et pourront faire valoir une parole nimbée de l'aura du contre-pouvoir salutaire. Éric Zemmour, qui dispose certes d'un entraînement intensif depuis de nombreuses années, vient d'ouvrir la liste des scandales avec une chronique diffusée le 23 mai dernier sur RTL.

 

 

Tandis que le présentateur introduit Z comme Zemmour en évoquant le « Taubira bashing [...] autrement dit une concentration des attaques et des critiques sur la ministre de la Justice », Zemmour prépare sa prose et déroule en quelques phrases sa fameuse rhétorique du « Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas » en se livrant à... une critique des premières mesures de Taubira. Pour l'originalité légendaire, on repassera. 

 

Dans le viseur de Zemmour, la nouvelle loi contre le harcèlement sexuel, mais surtout la suppression des tribunaux pour mineurs, un terrain qu'il connaît beaucoup mieux pour l'avoir souvent commenté. Dans une gradation à la limite de la révélation mystique, Zemmour dénonce la bienveillance de Christiane Taubira pour « ses pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi, parfois. »

 

Le bûcher des vaniteux

Retrouver Éric Zemmour,

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Le Mrap a dénoncé une « chronique haineuse, raciste et misogyne », tandis que SOS Racisme prenait acte de la « haine quotidienne » propagée par les ondes, « avec la sollicitude de RTL », poussant Éric Zemmour à quelques explications : « Vous savez, quand j'attaque Taubira, c'est ni la femme que j'attaque, ni encore moins évidemment la femme noire ». En guise d'introduction Zemmour dénonce les « procès d'inquisition, non seulement sur les mots que vous employez, c'est même pas les mots, parce que derrière les mots il y a vos pensées et derrière vos pensées, il y a vos arrière-pensées. »

 

S'ajoute à cette première polémique la possibilité d'un limogeage de Zemmour, que RTL aurait préparé « depuis plusieurs semaines » d'après L'Express. Cependant, ni la station ni l'intéressé n'ont commenté cette hypothèse. Marine Le Pen, présidente du Front national, s'en est chargée à leur place, avec un communiqué alarmiste : « Si l'information se confirme, le débarquement d'Éric Zemmour de la station de radio RTL constituerait une grave atteinte au pluralisme des opinions dans les médias. » Et accréditerait sa thèse du complot médiatique, qu'elle a porté comme une bannière pendant la campagne présidentielle, avec des journaux vendus en masse, non au grand capital, mais à la « bien-pensance convenue ».