Erotisme et loups-garous ne font pas bon ménage en prison

Clément Solym - 11.06.2013

Edition - Société - loup-garou - érotisme - prison


Derrière les barreaux, un citoyen reste un citoyen. Et le droit de lire est une réalité qu'aucune prison ne devrait pouvoir aliéner. Quelle que soit la lecture que l'on souhaite faire. Ainsi, dévorer les histoires érotiques d'un loup-garou compte parmi les droits premiers de l'Homme. Même si, dit comme ça, cela semble un peu compliqué à entendre. 

 

 


 

 

Andres Martinez est actuellement prisonnier, dans l'établissement de Pelican Bay. Il a récemment sollicité le livre de Mathilde Madden, The Silver Crown, qui parle de lycanthropie. Plus spécifiquement, d'une jeune femme qui, la nuit tombée, tue des loups-garous, et finalement tombe amoureuse de l'une de ces créatures. Sauf que les gardiens de prison ont examiné le contenu du livre et décrété que le contenu sexuel était totalement inadapté dans un contexte carcéral.

 

« Martinez a été arrêté pour tentative de meurtre et il est associé à un gang de la mafia mexicaine, au sein de la prison. Les surveillants ont estimé que le livre était obscène et susceptible d'inciter à la violence », explique-t-on dans le Los Angeles Times

 

Tout cela se déroulait voilà deux ans, et au cours de ces deux années, le prisonnier tentait de renverser la décision, et d'obtenir le droit de lire ce livre. En saisissant la cour d'Appel de San Francisco, le tribunal a finalement donné raison au prisonnier, estimant que les gardiens n'avaient pas réussi à correctement juger du contenu de ce livre, et qu'en outre, il avait une réelle valeur littéraire. Qu'importe le fond. 

 

En outre, le juge a considéré que les thèmes développés, tels que l'amour, la loyauté, le destin, la vengeance, la trahison ou encore les transformations subies par les lycanthropes, sont autant de choses qui contredisent l'idée d'une incitation à la violence. Et puis, la dimension érotique, ma bonne dame, eh bien elle passe à la trappe : de toute manière, avec des loups-garous bien velus, on n'est pas à un poil près. 

 

Le juge s'est d'ailleurs prononcé sur la question : certes les femmes sont relativement insatiables, et sexuellement agressives, mais les hommes sont également exigeants et apparemment inépuisables. « Le sexe est parfois agressif, mais toujours consenti », estime le juge. Aucune raison, donc, que l'on interdise quoi que ce soit. 

 

Voilà une dizaine d'années, L'Attrape-coeur avait été interdit, dans un établissement pénitentiaire, sous prétexte qu'il pourrait introduire chez les prisonniers un comportement irrespectueux... Les temps changent. Heureusement.