Escroquerie internationale : Uwe Luserke, douteux agent littéraire

Clément Solym - 30.04.2012

Edition - International - agent littéraire - Uwe Luserke - science-fiction


L'agent littéraire allemand, Uwe Luserke, avait sévi dans les années 90. En 1997, plusieurs plaintes avaient fusé concernant les pratiques peu recommandables de l'homme, lequel avait manifestement négligé de payer des auteurs dont il avait vendu les droits. Ses fraudes ont pu être plusieurs fois constatées, notamment pour des ventes de droits pour des éditions dans les pays de l'Est.

 

Parmi les grandes victimes de cet agent, on peut citer Andre Norton et Robert Jordan - qui reçut finalement les sommes dues, après avoir menacé l'agent de représailles. À l'époque la Science Fiction Fantasy Writers of America, SFWA, avait déjà dénoncé les pratiques de l'agent, alors qu'une cinquantaine d'auteurs avaient subi ses assauts. Un bonhomme pas vraiment en odeur de sainteté, on le comprendra.

 

Connu comme le loup blanc

 

Ainsi, le blog Writer Beware fait également état de plusieurs avertissements lancés aux auteurs, en 2010 et 2011. Et en avril 2012, avait été constatée la présence de 25 auteurs et ayants droit dans le catalogue de l'agent. WB préconise une méfiance des plus importantes et appelle les auteurs entrés en contact avec lui à apporter leur témoignage. 

 

 

  

De son côté, la SFWA avait multiplié les contacts avec le gouvernement allemand dans les années 90, pour que des mesures soient prises contre ce danger. Mais à l'époque, internet n'était pas encore un outil très répandu, et les échanges avec l'étranger souffraient donc de ce manque de simplicité. 

 

Uwe Luserke referait donc officiellement surface en 2012, ajoute la SFWA. Michael Capobianco, auteur de SF et président de la SFWA en 97, témoigne qu'à l'époque, évoquant même le nom de Terry Pratchett parmi les possibles victimes. Il explique que des nouvelles et des romans avaient alors été vendus à des éditeurs européens, mais que les auteurs américains n'avaient jamais perçu leurs droits à cette époque. Dans certains cas, les écrivains ignoraient même que des ventes de leurs livres avaient été réalisées.

  

Effectivement, il déplore l'absence d'internet en ces temps, qui aurait permis d'éviter de tels écueils. Un procès s'était même ouvert avec l'éditeur Wilhelm Heyne Verlag, pour dénoncer les activités de l'agent. 

 

Avertissement relayé à l'international

 

Or, note-t-il, depuis quelques années, l'Europe de l'Est et la Russie plus encore, connaissent un regain d'intérêt pour la science-fiction. Ce genre, relayé après mai 68 au rang de sous-genre littéraire - ou littérature de genre, plus pudiquement, et plus cyniquement - n'a jamais accédé en France au statut qui lui revient pourtant de droit. 

 

Si l'on se replonge dans les années 30, et par la suite, dans la guerre qui opposa l'URSS et les USA dans la course aux étoiles, on comprend mieux comment ces deux pays ont pu exercer, dans l'imaginaire des auteurs, une influence durable. L'imaginaire suit les attentes des États, et les écrivains devancent les progrès technologiques, une situation assez facile à constater. Mais nous reviendrons sur ces sujets dans les semaines à venir.

 

Reste donc que l'on assiste à un renouveau de la SF en Russie, et même en France, les nuisances de l'agent allemand se font sentir. Au point que l'appel de la SFWA soit relayé sur le site Russkaya Fantastika, Viktoriya et Patrice Lajoye, traducteurs, lançant un appel aux « auteurs, illustrateurs et éditeurs », dans plusieurs langues, pour les mettre en garde.

Depuis quelques années nous essayons de placer en France des auteurs russes ou ukrainiens, et parfois des illustrateurs. Les principaux d'entre eux ont été les Ukrainiens Henry Lion Oldie (Dmitri Gromov et Oleg Ladyjenski), et l'illustrateur Vladimir Bondar. Nous avons obtenu pour eux plusieurs contrats suivis de publications. Ils passaient tous les trois par l'intermédiaire d'un agent littéraire allemand, Uwe Luserke, lequel négociait les contrats.

Nous avons été contactés par ces auteurs il y a quelques jours, car ni les Oldie, ni Bondar n'ont jamais reçu le moindre argent, en dépit de plusieurs relances envoyées à leur agent qui, depuis, ne répond plus à leurs courriers.

 

Si l'action juridique menée en Allemagne avait contraint l'agent à se mettre en sommeil. Mais le danger ne serait pas complètement écarté. 

Aujourd'hui il refait surface et piège d'autres auteurs. Cela ne concerner pas que des auteurs et illustrateurs ukrainiens et russophones. Nous avons par exemple appris que cet escroc a tenté à plusieurs reprises de contacter des auteurs français. Il nous paraît donc important de lancer une mise en garde : n'acceptez rien de sa part, il négociera des contrats en votre nom, mais ne vous enverra jamais vos royalties ! Nous profitons de cet avertissement pour lancer un appel à témoignages : si vous avez été contacté par Uwe Luserke, n'hésitez pas à nous en faire part.

 

Patrice Lajoye, contacté par ActuaLitté, nous explique cependant que l'on constate une certaine évolution. « Suite aux signalements faits en France, en Ukraine et aux États-Unis (Writer Bewares et SFWA), Uwe Luserke a commencé à payer : les auteurs Henry Lion Oldie ont reçu la moitié de la somme due il y a quelques jours. L'illustrateur Vladimir Bondar n'a toujours rien par contre. » Il faut encore recenser les victimes européennes de cet agent pour se prononcer.