Espagne : le livre tente de limiter la casse en période de récession

Julien Helmlinger - 04.07.2014

Edition - International - Espagne - Récession - Piratage


Alors que trois personnes ont été arrêtées le mois dernier en Espagne, pour s'être rendues coupables de contrefaçon de livres, le fait divers aurait fait remonter à la surface les inquiétudes de l'industrie de l'édition locale. Tandis que la police a saisi plus d'un millier d'exemplaires pirates et une dizaine de disques durs à Séville et Madrid, la directrice de l'agence Pontas, Anna Soler-Pont, apporte son éclairage sur la question, et nuance son bilan en évoquant une consolidation des rapports entre éditeurs locaux ainsi qu'une une scène indépendante florissante.

 

 

CC by 2.0 par Moyan_Bren

 

 

Troisième langue la plus parlée dans le monde, derrière le mandarin et l'anglais, l'espagnol concernerait globalement plus de 500 millions de locuteurs. Le marché mondial du livre hispanophone a donc du potentiel, majoritairement exploité par l'industrie de l'édition depuis l'Espagne, mais le territoire national et ses 47 millions de résidents restent divisés par 4 langues officielles (espagnol, catalan, basque et galicien), avec chacune sa propre activité éditoriale.

 

Depuis des siècles, bien que ville de Catalogne, Barcelone reste considérée comme le centre névralgique de l'édition de langue espagnole, devant Madrid. Les grands groupes, comme Penguin Random House, Planeta, ou encore Ediciones B, y possèdent toujours leurs sièges aujourd'hui. De même que des indépendants au rang desquels Anagrama, Salamandra et Roca Editorial, ainsi que la majorité des agences littéraires.

 

Polarisation de l'industrie

 

Dans le contexte de récession économique qui touche l'Espagne, les ventes de livres dans le pays auraient diminué de 30 à 40 % depuis 2008, voire jusqu'à 50 % dans certaines maisons d'importance. On constaterait dans la profession des réductions d'effectifs ainsi que des concentrations, comme pour l'acquisition tout juste finalisée par Penguin Random House de Santillana Ediciones Generales.

 

La diversité des labels en prend en coup, tout comme l'espace alloué à la littérature étrangère. Le nombre de publications annuelles est globalement revu à la baisse, et comme dans d'autres marchés, les grands groupes ont tendance à grossir, creusant davantage le fossé qui sépare les acteurs majeurs des électrons libres de l'industrie du livre. Non sans surprise, l'an dernier, seuls les petits éditeurs, produisant moins de 20 titres annuels, auraient montré des signes de croissance en Espagne.

 

Face aux dangers économiques du moment, l'édition diminue ses prises de risques. En espagnol comme en catalan, elle aurait tendance à favoriser en premier lieu les auteurs locaux et ceux qui se vendent bien, ce qui nuit à la visibilité et aux chances d'être publié des auteurs qui sont inconnus ou trop pointus. 

 

Sur le papier, l'édition numérique espagnole serait en progression. Sa part de marché du livre était de 3 % en 2011, de 5% en 2012, et l'on attend toujours les chiffres 2013. Cependant, l'Observatoire du piratage estime que le premier défi auquel elle doit faire face ne serait autre que la contrefaçon, tandis que non moins de 84 % des acquisitions d'ebooks auraient été faites illégalement. Le débat est donc vivant autour de l'absence de lois efficaces pour y remédier.

 

(via PublishingPerspectives)