Espagne : un livre déclenche une crise politique

Clément Solym - 07.04.2014

Edition - International - Espagne - diffamation - Sa Majesté


La température monte en Espagne, alors qu'une polémique agite les mondes politique, journalistique et éditorial. Le groupe Planeta a en effet décidé de publier le livre de Pilar Urbano. Et immédiatement, Aldolfo Suárez Illana, fils de l'ancien chef de gouvernement, a réclamé le retrait de l'ouvrage. En effet, on y retrouverait une photo faite en juillet 2008, avec son père et le roi, marchant ensemble dans le jardin de l'ancienne résidence du premier ministre.

 

 

 

 

Dans un courrier adressé à la journaliste et l'éditeur, Adolfo met en demeure les deux hommes de retirer le livre. Il met également en cause Carlos Creuheras, directeur des relations extérieures pour le groupe éditorial Planeta. Adolfo souhaite également que soient rapatriés dans les meilleurs délais les exemplaires presse et les offices distribués ces dernières semaines aux journalistes et librairies. 

 

La photo qui est à l'origine de la crise serait protégée par le droit d'auteur, et utilisée sans autorisation ni droit de reproduction dans le livre d'Urbano. Et sa présence, selon lui associerait l'auteur de la photo au contenu du livre, dont le contenu est « profondément préjudiciable » à l'honneur de son père. « Cette question revêt une importance particulière, si l'on considère que le fait que je sois l'auteur de cette photographie est de notoriété publique », écrit-il dans son courrier. 

 

Dans l'ouvrage, La gran desmemoria, le journaliste met par exemple en exergue le rôle du roi Juan Carlos, « moins héroïque durant la transition du pays vers la démocratie », que l'opinion publique n'a pu le croire. Durant les 864 pages, on met ainsi en cause l'engagement du roi dans cette évolution politique, tout en mettant en cause le rôle du père d'Adolfo. 

 

Intitulée El Rey y Suárez, la photo avait remporté en 2009 le prix Ortega y Gasset, dans la catégorie meilleure information graphique. Or, dans tous les cas, jamais il n'a accordé les droits de reproduction, et son utilisation par Pilar Urbano est « absolument illégale ». Adolfo entend mettre en route la machine politique pour défendre ses intérêts en tant qu'auteur, et surtout pour défendre sa famille. 

 

L'autre problème, c'est qu'un courrier identique avait été envoyé à José Manuel Lara, grand patron de Planeta, en 2009 : la photo avait été utilisé sur la couverture du livre d'Abel Hernández, Suárez y el Rey, publié par Espasa, filiale du groupe. A l'époque, l'éditeur avait choisi de retirer le livre, et de proposer une nouvelle couverture, dans le cadre d'une seconde édition. 

 

Carlos Revés, responsable de la communication, dément les accusations portées par le fils : selon lui les droits ont été dûment achetés pour l'utilisation de la photo. Et pas question de faire cesser la publication dudit ouvrage. 

 

Jose Manuel Lara a assuré qu'il prenait l'affaire très au sérieux, et s'en occuperait en personne. Selon des sources proches de l'éditeur, on l'aurait à plusieurs reprises alerté que le livre pourrait, de par son contenu, s'avérer être « une bombe », et poser de nombreux problèmes. On lui aurait même suggéré de ne pas s'en occuper, attendu qu'il dispose du titre de marquis de Pedroso di Lara, que le roi avait accordé à son père en 1994, et dont il avait logiquement hérité.

 

Dans l'entourage d'Adolfo, on rapporte qu'il s'agit « d'une histoire typique de diffamation - romancée », qui semble avoir pour vocation de déstabiliser et d'attaquer frontalement l'action de Sa Majesté le Roi et du président Suarez par une accusation infâme qui déforme la vérité. Nul doute, désormais, que l'histoire en restera là.