Et le peintre Henri Matisse réinventa les muses de Baudelaire

Julien Helmlinger - 24.09.2014

Edition - International - Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal - Henri Matisse


Quand le peintre interprétait la littérature. À la manière d'autres contemporains, tel son ami et néanmoins rival Picasso, Henri Matisse s'est plongé dans l'aventure du livre illustré. Entre la publication des Poésies de Mallarmé, en 1932, et l'achèvement de son portfolio des Poésies antillaises de John-Antoine Nau, en 1953, l'artiste aura illustré 14 beaux livres au total. Un pan de son œuvre qui débuta avec les plus célèbres vers de Baudelaire.

 

 

 

 

Les Fleurs du mal, par Charles Baudelaire, ont à l'origine été publiées (et censurées) en 1857. Le recueil a par la suite été réédité de multiples fois et notamment sous forme de livres d'art qu'auront illustrés des artistes renommés au rang desquels Émile Bernard, Charles Despiau, Jacob Epstein, Gustave Rodin, Georges Rouault, ou encore Pierre-Yves Trémois. 

 

En 1930, une société de bibliophiles lyonnais baptisée « les XXX » contacta Henri Matisse dans cette optique. Mais ce projet, d'une approche singulière, avec une série de 33 portraits dessinés au crayon gras, compositions destinées à être reportées ensuite sur la pierre lithographique, n'aboutirait que partiellement en 1947 chez La Bibliothèque Française. 

 

Cette série d'illustrations comprend notamment un autoportrait du peintre ainsi qu'une représentation du poète maudit, mais surtout des femmes, Henri Matisse ayant songé illustrer la poésie de Baudelaire en cherchant à dépeindre les muses qui auraient pu inspirer ses vers. Si l'interprétation est littéraire, elle ne se voulait toutefois pas littérale, mais plutôt complémentaire de l'œuvre originale.

 

Comme le précise le synopsis d'une réédition récente de l'ouvrage par les éditions Hazan, les dessins originaux furent perdus des mains de l'ouvrier lithographe. Matisse ayant pris la précaution de les faire photographier avant de les adresser à l'atelier, il parvint à récupérer plus ou moins son œuvre en mettant à profit le procédé de photolithographie, qui permet le transfert d'une photographie sur une pierre calcaire recouverte d'une couche sensible.

 

Les quelque 300 originaux ayant survécu s'arrachent désormais à prix d'or, à près de 6000 € le bouquin. Mais l'on peut trouver plus d'une réédition française à des tarifs bien plus raisonnables. 

 

(via OpenCulture)