Et si on demandait (encore) à Pablo Neruda de quoi il est mort

Clément Solym - 23.01.2015

Edition - International - Pablo Neruda - décès assassinat - tests scientifiques


Les circonstances de la mort de Pablo Neruda n'ont pas fini de faire parler. Pour la seconde fois, le corps du poète sera exhumé, avec de nouveaux prélèvements à la clef, pour déterminer si ce dernier a été empoisonné. Les soupçons, qui ont été lancés en 2013, avaient conduit à une première batterie de tests, qui s'étaient révélés négatifs. Mais le doute persiste. 

 

 

 

 

Douze jours à peine après le coup d'État qui a mis Augusto Pinochet au pouvoir, en 1973, Pablo Neruda décédait, dans un hôpital de la capitale. Écrivain d'ampleur internationale, engagé politiquement, et partisan du président Salvator Allende, Neruda était certainement gênant. 

 

Son chauffeur, durant plusieurs années, a maintenu que Pablo se plaignait de douleurs à l'estomac, après avoir reçu une injection. Si la cause de la mort, officiellement, est un cancer de la prostate, la disparition des registres de l'hôpital entretient un climat de suspicion. 

 

Le Dr Draper, qui était au chevet du malade, avait confié au Dr Price, un nouveau traitement, et les avocats de la famille Neruda assuraient, en 2013, ne pas savoir exactement en quoi il consistait. 

 

En novembre 2013, les conclusions d'une série de tests avaient assuré qu'aucune preuve flagrante d'empoisonnement n'avait été mise en évidence. L'expertise médico-légale effectuée, en vue de prouver que Pablo Neruda avait été assassiné, n'a pour le moment pas de fondement pour étayer cette thèse. 

 

Publiés les 8 novembre dernier, les résultats dévoilés par le juge chilien Mario Carroza, qui avait ordonné l'exhumation du corps, en avril dernier, ne révèlent pas grand-chose. Pourtant, Neruda, intellectuel de gauche, opposant au régime dictatorial d'Augusto Pinochet représentait une cible idéale pour une tentative d'assassinat. Surtout que son décès survenait le 23 septembre 1973, moins d'une quinzaine de jours après le Coup d'État qui a mené Pinochet au pouvoir.

 

Les analyses des ossements avaient été réalisées par un groupe interdisciplinaire de scientifiques, comptant 13 experts et trois observateurs. Ils ont été effectués au Chili, en Espagne et aux États-Unis. Les tests ont tenté de déceler des traces de poison y compris le thallium ou l'arsenic — mais ce sont en tout plus de 2000 agents chimiques qui ont été passés au crible. 

 

Or, le seul élément détecté est un dérivé du dipyrone, médicament utilisé dans les années 70 pour lutter contre... le cancer de la prostate. « Nos résultats signifient qu'il n'existe aucune preuve médico-légale impliquant une mort non naturelle », a expliqué Francisco Etxeberria, anthropologue de l'université du Pays Baque en Espagne, et membre de la commission scientifique d'analyse. 

 

La thèse de l'assassinat n'est pour autant pas écartée : en effet, l'équipe de Etxebarria explique que l'absence de preuve scientifique tient plutôt à ce que les traces résiduelles de poisons dans l'organisme se sont estompées depuis le temps. Un agent comme le gaz sarin ne serait présent qu'à des niveaux absolument indétectables.

 

Selon la BBC, de nouveaux examens médico-légaux vont intervenir, pour chercher des métaux inorganiques ou lourds, afin de déterminer la cause directe ou indirecte de la mort. 

 

Francisco Ugas, porte-parole du gouvernement chilien, affirme que des preuves premières d'empoisonnement existent, et autorisent l'intervention d'agents spécifiques.