Et si pour vendre des ebooks, il fallait faire confiance à Amazon ?

Clément Solym - 12.07.2016

Edition - Economie - stratégie numérique Amazon - livres numériques clients - éditeurs Amazon ventes


Amazon recèle encore de stratégies secrètes, mais autour du livre numérique, la principale est évincée. Les ebooks servent avant tout à recruter de nouveaux clients. Fort bien. Mais plus encore, la firme tente de pousser son service Prime, avec une campagne autour de Prime Day. Depuis avril, Amazon offre une adhésion d’un mois sur l’autre, pour 10,99 $ – contre 99 $ à l’année. Et une option pour 8,99 $ pour n’avoir accès qu’au service de vidéo. Or, l’intérêt est avant tout de pouvoir accéder à des livres, gratuitement, à foison.

 

Amazon Publishing - London Book Fair 2016

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Amazon Prime, c’est la possibilité de passer commande et d’être livré en deux jours, pour la plupart des articles du cybervendeur, et une livraison gratuite, pour certains autres, le jour même. Évidemment, un ebook n’a besoin ni de délai ni de frais de port. Mais avec Prime est venue la célèbre Kindle Owners' Lending Library (KOLL), ainsi que Kindle First. 

 

La bibliothèque KOLL propose d’emprunter un ebook durant une période de 30 jours – mais le problème reste toujours que le nombre de titres n’est pas pharaonique. Beaucoup d’ebooks autopubliés, et peu de maisons d’édition décidées à franchir le pas. 

 

C’est que les ventes de livres numériques aux États-Unis ont par ailleurs pris un violent coup dans l’aile. Pour l’année 2015, les résultats enregistrés sont en recul : le segment pâtit d’une nouvelle baisse après celle de 2014, avec un recul des revenus de 11,3 % pour atteindre 2,84 milliards $

 

Cela a d’ailleurs été répété 100 fois, mais un peu plus un peu moins pourrait faire bouger la balance : les consommateurs américains voient désormais les livres numériques vendus 14 $ à 15 $ pour les best-sellers, contre 9,99 $ auparavant. La hausse tarifaire impacte directement les achats et semble surtout donner raison à Amazon.

 

Bezos l’avait déjà affirmé en différentes occasions : « Les éditeurs ont une rentabilité inégalée. L’industrie de l’édition est en meilleure forme qu’elle ne l’a jamais été, et ce, en raison des ebooks. » À l’époque, le conflit avec le groupe Hachette battait son plein et les deux sociétés s’opposaient sur les conditions contractuelles de vente des livres numériques. 

 

Mais surtout, le patron d’Amazon avait proposé un petit calcul mental, rudement simple. « Pour chaque exemplaire d’ebook que l’on vendrait à 14,99 $, il se vendrait 1,74 exemplaire s’il était au prix de 9,99 $. » Dès lors, 100.000 titres vendus à 14,99 $ deviendraient 174.000 exemplaires à 9,99 $. « Le total des revenus de 14,99 $ serait de 1,499 million $. Le total des revenus pour 9,99 $ est de 1,738 million $. »

 

Petites causes, grands effets... et grandes causes ?

 

Et tragiquement, il semble bien que le marchand avait raison : avec la hausse du prix de vente, les lecteurs achètent moins. Évidemment, l’éditeur étant en mesure de contrôler le prix de vente, en partie, peut gagner un peu plus, et maîtriser son environnement économique. L’argument massue de l’époque, pour Jeff Bezos , ne résidait pas simplement dans cette arithmétique primaire : « Nous croyons que Hachette partage une trop petite part avec l’auteur aujourd’hui, mais en fin de compte, ce n’est pas l’objet de notre propos. » Et boom. 

 

Aujourd’hui, le consommateur américain constate que, sur certains ouvrages numériques, le prix de vente est plus élevé que pour le format poche. Ce qui explique sans peine pourquoi ce dernier a pu regagner en popularité – notamment au Royaume-Uni. 

 

Sachant que, dans tous les cas, Amazon s’en moque : avec son catalogue de livres autopubliés, le développement de ses propres filiales éditoriales – d’ailleurs, on n’en a presque pas entendu parler en France, alors que les titres sont bien là, et en version papier... – le marchand affûte ses armes. 

 

Et les ventes que la firme ne fait plus avec les titres des maisons traditionnelles seraient de plus en plus compensées par les ventes d’ouvrages autopubliés. Les données que propose Author Earnings sont, à ce titre, particulièrement éloquentes... Entre février 2014 et mai 2016, les ventes des cinq grands groupes éditoriaux américains sont passées de 42 % à près de 22 % quand celles des auteurs indépendants ont gravi de 31 % à près de 46 %. CQFD ?