État critique d'Andrea Camilleri, mais l'écrivain suscite encore des polémiques

Nicolas Gary - 20.06.2019

Edition - International - Andrea Camilleri - Matteo Salvini - arrêt cardiaque


L’hospitalisation du romancier sicilien Andrea Camilleri a plongé l’Italie dans un certain désarroi. Âgé de 93 ans, ce fumeur invétéré a emporté des millions de lecteurs dans les aventures de son commissaire Montalbano, à travers une trentaine de romans. Des messages par milliers ont fusé en apprenant qu’il entrait à l’hôpital Santo Spirito de Rome, pour un arrêt cardiaque.


 

Voilà moins d’un mois, Camilleri avait fait une chute à son domicile, entraînant une fracture du fémur. Pourtant, l’auteur n’avait pas quitté sa maison sicilienne : il se préparait au contraire à un déplacement pour une pièce de théâtre, ce 15 juillet, inspirée d’un de ses livres. 

Lors du dernier bulletin de santé présenté ce 20 juin par les médecins, le docteur Roberto Ricci, directeur du département de cardiologie a indiqué que l’écrivain avait « une forte constitution. Les conditions sont stationnaires, mais restent critiques. Le pronostic est réservé ». Et d’ajouter : « Cette situation pourrait durer longtemps. Nous ne pouvons pas prévoir avec certitude. »

Cher maître...

La maire d’Empédocle, ville de naissance de Camilleri située dans l’ouest de l’île (province d’Agrigente) avait demandé à ce que la cité soit rebaptisée en Porto Empedocle Vigata. Une référence directe à la ville fictive où officie le commissaire Montalbano. « Cher Maître, nous sommes tous inquiets pour toi et soutenons ta famille. Tu es notre fierté, le symbole d’un pays qui te doit la reconnaissance d’un public mondial, pour ses défauts, mais aussi pour ses innombrables mérites. »

Cette hospitalisation, survenue le 17 juin, n’a pas empêché certains de vouloir briller, à commencer par un certain Vittorio Feltri, rédacteur en chef de Libero. « Je ne l’ai [Camilleri, NdR] jamais connu, mais il est clair que ses facultés de narrateur ne peuvent pas être contestées. La structure mathématique de ses récits m’a toujours étonné et j’en suis admiratif », expliquait-il.

Cher imbécile...

Sauf qu’au lieu de s’arrêter à un hommage, tel qu’il le poursuit en redoutant la mort du vieil homme, le journaliste a eu la bonne idée d’en rajouter : « La seule consolation de son possible départ, c’est que nous ne verrons enfin plus à la télévision Montalbano, un terrone [terme péjoratif désignant les habitants du sud de l’Italie] qui nous a cassé les couilles (sic !), au moins autant que son frère Zingaretti, secrétaire du Parti démocrate, le pire du monde. »

S’en prendre de la sorte à une figure de la littérature italienne frisait l’inconscience, même si c’était pour cibler l’acteur Luca Zingaretti, frère de Nicola, le politicien donc. Un hashtag dénonçant les propos de Feltri est apparu très rapidement, #Feltri, et les internautes s’en sont donné à cœur joie !

Réglement de compte chez les journalistes

Cet édito, plus médiocres qu’inspiré a provoqué un déchaînement de réactions dans la classe politique — jusqu’au président de la commission antimafia, Nicola Morra : « J’apprécie Camilleri malgré tout : je me sens orgueilleusement terrone, orgueilleusement casse-couilles. » 

La controverse, à force de réaction, a fini par éclater, contraignant Feltri à revenir sur ses propos, et se rétracter plus petitement qu’il n’avait commencé. Deux journalistes antimafia Paolo Borrometi et Sandro Ruotolo, sous protection policière, ont ainsi écrit au président de l’Ordre des journalistes, Carlo Verna.

« Nous avons, cher président, décidé de nous autosuspendre de l’Ordre, considérant que notre présence est incompatible avec celle de Vittorio Feltri. » Et d’ajouter avec plus de gravité que les propos tenus « sont de véritables crimes contre la dignité du métier de journaliste ». Pour eux, enfants du Sud, les propos dépassent de loin ce qu’il est acceptable d’entendre d’un journaliste : la liberté d’expression, oui, l’incitation à la haine, non.

D’autres, comme le dessinateur et auteur Vauro, en a profité pour régler ses comptes avec un détracteur de Camilleri, ni plus ni moins que le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini : 
 

« De Camilleri resteront de grands romans… de Salvini quelques tweets. » L’homme politique, leader du groupe d’extrême droite, La Lega Nord, avait eu quelques démêlés avec l’écrivain. Camilleri l’avait tout bonnement accusé de favoriser la montée de la haine dans le Bel Paese, redoutant qu’il ne draine avec lui un néofascisme redoutable.

Et quand on dit redouter…


Commentaires
Les livres de Monsieur Camillari sont un pur plaisir grâce aussi à la traduction de M.Quadruppani. Ces livres même si le lieu (Vigata) et les acteurs n'existent pas permettent de découvrir la Sicile, la cuisine traditionelle, les expressions...je ne parle ni écrit le sicilien mais mes beaux parents étaient originaires de cette île...et en les écoutant parler cela m'a permis de mieux comprendre le "dialecte" ainsi que l'humour sicilien.
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