État d'urgence en Turquie : Erdogan contre Erdogan #ImprisonedWriter

Clément Solym - 15.11.2016

Edition - International - Asli Erdogan Turquie - prison liberté expression - Etat urgence Erdogan


Les appels surgissent de toutes parts, alors que la romancière Asli Erdogan (aucun lien parenté avec le président) est toujours incarcérée dans la prison pour femmes de Bakirkoÿ, à Istanbul. Les demandes de libération fusent, accompagnées de hashtags pour mobiliser les réseaux sociaux.

 

 

 

#ImprisonedWriter ou encore #LetAsliErdoganFree accompagnent les publications et les messages de soutien à travers la toile. Pour tenter de faire monter la pression également en Turquie, on invoque la phonétique avec #yazarimadokunma (littéralement, Ne touchez pas à mon auteur). 

 

Le PEN English invite tout un chacun à partager des messages prenant Asli Erdogan pour symbole – sans dissimuler que depuis le coup d’État manqué du 15 juillet, près de 135 journalistes ont été inculpés et placés en détention préventive. Huit seraient toujours incarcérés sans aucun motif, et bien d’autres sont toujours en garde à vue. Dans le cas d’Asli Erdogan, c’est une peine de prison à perpétuité qui a été réclamée par les plaignants.

 

Les autorités turques ont fait fermer plus de 100 médias locaux, censuré près d’une trentaine de sites internet d’informations. À cela s’ajoutent les 29 maisons d’édition fermées arbitrairement. En tout, plus de 70.000 personnes ont été placées sous enquête judiciaire, suspendues de leurs fonctions, ou licenciées...

 

Début novembre, le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu’il prolongerait l’État d’urgence, en vertu des pouvoirs discrétionnaires qui lui sont conférés. 

 

Lettre à François Hollande : "Et l’Europe assiste à l’agonie de la démocratie turque"

 

Récemment, le Comité des Écrivains en prison du Centre suisse romand de PEN International apostrophait le président Erdogan et exprimait « toute notre vive inquiétude au sujet de très graves atteintes aux droits de l’homme, à la liberté d’expression et d’opinion en Turquie, suite à l’état d’urgence au lendemain de la tentative de coup d’État meurtrière » 

 

Et d’ajouter : « Nous ne souhaitons nullement garder en mémoire tout impact négatif pour l’image de la Turquie qui se veut être une démocratie moderne et progressiste, mais où les voix dissidentes, pluralistes et solidaires sont étouffées et où la littérature authentique et le journalisme indépendant sont traités comme un Crime. »

 

La prorogation de l’État d’urgence doit être de 90 jours, au cours desquels il est possible, pour le pouvoir, de continuer à réprimer la liberté des citoyens et d’écraser les opposants. 

 

"Nous adjurons le gouvernement turc de mettre fin à cette chasse aux sorcières"

 

De son côté, le Börsenvereins des Deutschen Buchhandels, syndicat des libraires et éditeurs allemands, prend également part au combat. Alexander Skipis, directeur du Borsenvereins, assure : « En Turquie, la liberté d’expression est piétinée. Il est choquant et effrayant de voir les purges du gouvernement turc et les pressions sur les travailleurs culturels. La romancière Asli Erdogan est menacée d’emprisonnement pour avoir simplement exercé sa profession en tant qu’auteure et journaliste, et l’avoir pris au sérieux. »

 

Et de rappeler que le gouvernement allemand et la Commission européenne ont une position claire : celle de défendre vigoureusement la liberté d’expression en Turquie. « C’est un droit humain non négociable », poursuit Alexander Skipis.

 

Ajoutant à la salve des hashtags, le Börsenvereins propose à son tour #FreeWordsTurkey, rejoignant ainsi la voix des journalistes et du PEN Allemagne dans cette tentative pour influencer le pouvoir.

 

Angela Merkel et Barack Obama avaient été interpellés en septembre dernier. Dès le début du mois de septembre, les organisations professionnelles de l’industrie du livre envoyaient au président un courrier.

 

« Les États-Unis ont dénoncé le coup d’État du 15 juillet comme une attaque envers un gouvernement démocratiquement élu. Nous ne pouvons pas laisser le gouvernement turc utiliser cette menace comme un prétexte pour supprimer la liberté d’expression et dépouiller la population turque d’autres libertés fondamentales. »

 

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