États-Unis : des bibliothécaires formés pour intervenir en cas d'overdose

Laurène Bertelle - 22.05.2017

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Aux États-Unis, alors que le taux d'addiction aux drogues comme l'héroïne et la morphine augmentent dangereusement, les bibliothèques deviennent les témoins involontaires d'un théâtre morbide : calmes et à l'abri, ces lieux de la culture sont régulièrement choisis par les toxicomanes pour prendre leur dose, parfois jusqu'au drame.


Denver Public Library

(Denver Public Library, L Geoffroy, CC BY-NC-SA 2.0)


Depuis un an environ, les États-Unis font face à une augmentation en flèche des overdoses dues aux opiacés et aux opioïdes, substances anti-douleurs dérivées de l’opium, telles l’héroine ou la morphine dans le premier cas, et la Vicodin ou le Fentanyl dans le second, au point d’alerter la population et les gouvernements.
 

Et s’il est un endroit où le problème est particulièrement important, ce sont les bibliothèques. Avec leurs toilettes publiques et leurs recoins tranquilles, les bibliothèques publiques sont des lieux choisis par de nombreux toxicomanes pour s’injecter leur dose. Entre janvier et mars, la bibliothèque de Denver a ainsi dû faire face à pas moins de 6 overdoses dans ses locaux, si bien que l'établissement a décidé de stocker des doses de Narcan, un antidote contre ce type d’overdoses, comme l'explique le Denver Post.
 

Les bibliothécaires entraînés à secourir les victimes d’overdose ?
 

Dans certaines bibliothèques, des stocks de Narcan sont parfois constitués, les employés sont formés à l’utilisation des antagonistes pour venir en secours aux victimes d’overdose, mais aussi à repérer de potentielles addictions et distinguer les types d’overdoses selon la drogue administrée.
 

Dans l’État de New York, une loi, la Senate Bill S7860, a même été signée par le gouverneur en juin 2016, qui « autorise l’entretien et l’utilisation des antagonistes des opioïdes dans les bibliothèques publiques pour le traitement des overdoses d’opioïdes ».
 

Toutefois, ces stocks et les formations qui les accompagnent ne sont pas encore systématiques. Au mois de mars dernier, un homme a été sauvé d’une overdose à la Central Library de Rochester, New York, par un des usagers de la bibliothèque, qui lui a administré une dose de Narcan. Un coup de chance, si l’on en croit le compte-rendu du directeur de l’établissement diffusé sur le site WHEC.com, car la bibliothèque ne stockait pas ce médicament.

 

« Il y avait un kit au 3e étage laissé par un programme public contre l’abus d’opioïdes, mais aucun des membres du personnel n’avait été formé sur la façon d’administrer le Narcan », explique le directeur dans une lettre envoyée aux employés.
 

Alors, dans la bibliothèque du McPherson Square à Philadelphie, on n’a pas attendu la permission. Judi Moore et Marion Parkison, qui travaillent à la bibliothèque, ont demandé au Prevention Point Philadelphia, un programme d’échange de seringues, de leur faire une démonstration de l’utilisation du Narcan. « [Les bibliothécaires] voulaient faire cette formation depuis longtemps », explique Marion Parkinson à philly.com.
 

Judi Moore a également instauré quelques règles dans les toilettes : les adultes doivent notamment déposer leur carte de bibliothèque ou leur carte d’identité à l’entrée, et ne pas rester dans les toilettes plus de 5min, avant qu’un gardien ne vienne frapper. Et au journaliste d’ajouter : « Pendant que d’autres bibliothèques font des exercices d’évacuation en cas d’incendies, McPherson a commencé les exercices de sauvetage contre les overdoses. Qui reste avec la victime ? Qui appelle les urgences ? Qui fait sortir les enfants? Qui attend l’ambulance? »