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États-Unis : l'édition et Amazon organisent la résistance à Trump

Antoine Oury - 31.01.2017

Edition - International - Amazon Trump - édition Donald Trump - Trump immigration


Outre-Atlantique, Donald Trump a fait chauffer le stylo en signant des décrets à tour de bras : immigration, accès à l'avortement, traités commerciaux... Le nouveau président des États-Unis a fait le tour d'une partie des sujets qu'il avait évoqué au cours de sa campagne. Ce qui n'est pas allé sans soulever des mouvements de résistance dans le pays, y compris dans le monde du livre et chez... Amazon.

 

Donald Trump

Donald J. Trump, en 2011 (Gage Skidmore, CC BY-SA 2.0)

 

 

Donald Trump a signé toute une série de mesures très controversées, notamment sur l'avortement, et a poursuivi sur sa lancée vendredi dernier avec la signature d'un décret anti-immigration. Ce dernier, qui concerne les ressortissants du Yémen, d’Iran, de Libye, de Somalie, du Soudan, de la Syrie et d’Irak, interdit pendant quatre-vingt-dix jours toute entrée sur le territoire américain et l'accueil de réfugiés en provenance de ces pays, pour la même durée.

 

Les réactions ne se sont pas fait attendre, y compris du côté du monde des affaires : parmi les multinationales opposées à cette mesure du président, un don de 2 millions $ du PDG de Google, Sundar Pichai, à des organisations (l'American Civil Liberties Union, l'Immigrant Legal Resource Center, l'International Rescue Committee et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés). Au total, avec les contributions des salariés, sollicités pour l'occasion, le groupe devrait doubler ses dons.

 

Au sein de la Silicon Valley, les réactions ont été unanimes contre la mesure de Trump, dans un milieu où l'immigration et le métissage forment les esprits de demain. Steve Jobs était le fils d'un immigré syrien, ce que Tim Cook, directeur général, ne s'est pas privé de rappeler.

 

Amazon s'est joint au discours général, avec un Jeff Bezos plus remonté que jamais contre Donald Trump : « Nous sommes une nation d'immigrés dont les idées, l'héritage et les points de vue ont contribué à construire cette nation depuis plus de 240 ans », a-t-il expliqué dans un email envoyé aux employés de la firme. « C'est l'un des avantages qui permettent à notre pays de se distinguer, un de ceux qu'il ne faut pas faire disparaître. »

 

L'État de Washington a d'ores et déjà attaqué en justice le décret signé par Donald Trump, avec un recours devant la cour fédérale de Seattle, et Amazon a indiqué qu'il joindrait ses forces à l'État, rapporte The Independent. Le torchon brûlait déjà entre Trump et Jeff Bezos, le premier reprochant au second les articles du Washington Post, et les relations ne sont pas prêtes à s'arranger...

 

Les grands groupes de l'édition sur le pied de guerre

 

Du côté de l'édition, la mobilisation n'est pas moindre : Hachette Book Group et Penguin Random House, deux groupes parmi les plus importants du secteur, ont ainsi annoncé qu'ils prendraient en charge la moitié des frais d'adhésion de leurs salariés au PEN America, organisme de défense de la liberté d'expression. Le journal spécialisé Publisher's Weekly leur a emboîté le pas.

 

Le PDG de Hachette Book Group, Michael Pietsch, a remarqué que « la liberté d'expression était primordiale » après l'élection du 45e président des États-Unis.

 

En un peu plus d'une semaine, Donald Trump a réussi à inquiéter un peu plus le monde du livre en s'attaquant de front à la liberté d'expression. Outre la sortie de sa porte-parole sur les « faits alternatifs » que le gouvernement évoquait en réponse aux médias façon novlangue orwellienne, le président Trump a qualifié les 3/4 des organes de presse du pays d'« opposants ».

 

Le 15 janvier dernier, PEN America avait organisé plusieurs rassemblements dans le monde, convoquant les écrivains et les journalistes, pour défendre la liberté d'expression. « Comme Mao ou Staline, qui s'en sont pris aux intellectuels, à ces mots qui pouvaient aller contre eux, Trump s'en est pris à nous », avait déclaré à cette occasion Andrew Solomon, le président du PEN America.

 

Les bibliothécaires ne devraient pas tarder à rejoindre le combat, eux aussi : l'American Library Association, l'Association of Research Libraries (ARL) et l'Association of American University Presses (AAUP), proches du milieu de la recherche, ont condamné le décret de Trump en expliquant que ce dernier pénalisait des étudiants, des chercheurs et des auteurs du monde entier.