États-Unis : la Bible de plus en plus contestée dans les établissements scolaires

Joséphine Leroy - 13.04.2016

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L’American Library Association sort son classement annuel de livres les plus contestés, et, souvent, censurés. Pour la première fois, la Bible se hisse à la 6e place. La méfiance vis-à-vis des textes religieux s’accentuerait-elle ? La Sainte Bible est pourtant un livre de chevet dans plusieurs foyers américains…

 

Bible

(Riley Kaminer / CC BY 2.0)

 

 

Les Américains placent des titres aussi divers que la Bible et Fifty Shades of Grey comme les livres les plus contestés/censurés, selon le sondage produit par l’American Library Society. Pour l’année 2015, une petite surprise : la Bible arrive à la 6e place, les sondés considérant que son utilisation dans les écoles ou sa présence en bibliothèque n’est pas tout à fait légitime, le « point de vue religieux » devant rester dans la sphère privée. C’est la première fois que la Bible entre dans le classement de l’ALA. 

 

Ce classement des livres « les plus contestés » recense les ouvrages qui font l'objet de plaintes de la part de parents d'élèves auprès des conseils scolaires, qui décident ensuite de donner suite ou non à la demande d'interdiction et donc de retirer les livres des programmes ou bibliothèque scolaire.

 

Le directeur du Bureau pour la Liberté Intellectuelle de l’ALA, James La Rue, a justifié cette percée auprès de l’Associated Press. Il explique que ce sont, en général, « des personnes qui pensent que si une bibliothèque scolaire se procure un exemplaire de la Bible, c’est une violation de la séparation de l’Église et de l’État ». Les demandes de retrait d'ouvrages étant souvent motivée par la religion, certains parents laïcs critiquent la légitimité de la Bible en « représailles ». 

 

Et le gagnant du livre le plus contesté est…

 

Arrive en 1re place un roman, Looking for Alaska de John Green (Qui es-tu, Alaska ? chez Gallimard Jeunesse, traduit par Catherine Gibert), pour son « langage vulgaire », les « scènes de sexe explicites »  et l’incompatibilité présumée entre la cible jeunes adultes et le propos du livre. L’auteur est par ailleurs à l’origine de The Fault in Our Stars (Nos étoiles contraires en français).

 

Le best-seller érotique Fifty Shades of Grey prend la 2e position dans le classement, toujours pour des « scènes de sexe explicites » et la même incompatibilité entre le public visé et le propos du livre. D’autres motifs s’ajoutent à ce rejet, comme une « écriture lamentable » qui pourrait « donner envie à des adolescents d’essayer [les pratiques sadomaso, pas l'écriture, NdR] ». Le livre illustré sur le transgénérisme I Am Jazz suit Fifty Shades of Grey à la 3e place. Il réunit des entretiens d’adolescents transgenres. 

 

La censure, toujours à l'oeuvre 

 

L’ALA définit les critères permettant de créer ce classement des livres contestés. L’association prend ainsi en compte des « plaintes écrites, formelles, ainsi que des demandes de retrait des livres déposées dans les bibliothèques ou écoles ».

 

Dans le classement, on peut trouver d’autres ouvrages comme l’autobiographie dessinée d’Alison Bechtel, Fun Home,  ou le roman de David Levithan, Two Boys Kissing. En tout, 275 livres ont été enregistrés dans le classement ALA cette année. L’année dernière, le classement en relevait 311 et 464 en 2012. Mais les bibliothécaires de l’association estiment que le classement est forcément biaisé, malheureusement, car pour chaque plainte signalée, quatre ou cinq ne le sont pas. « La censure reste un problème grave », se désole l’ALA. 

 

Pour les dix dernières années, des 5.000 livres qui ont été signalés, 1.577 l’étaient pour « scènes de sexe explicites ». Le signalement vient, bien souvent, des parents d'élève (2.355 signalements selon l’ALA). (via The Guardian)

 

Le classement des 10 livres les plus contestés est consultable.

 

L'année dernière, Persepolis de Marjane Satrapi occupait la 2e place du classement. L’auteure y raconte son enfance en Iran, dans une atmosphère politique difficile, mêlant révolution et chute du régime du Shah, et la raison invoquée pour la censure révélait un conservatisme bien ancré, entre a priori politiques et crainte de l'étranger. La sexualité est également au centre de la plupart des plaintes.