États-Unis : les éditeurs paniqués par une proposition de la Maison-Blanche

Antoine Oury - 23.12.2019

Edition - International - etats unis edition - edition scientifique - revues scientifiques


L'édition scientifique connait des bouleversements substantiels, ce n'est plus un secret pour grand monde. Même pour les éditeurs historiques, qui réalisent que la diffusion numérique oblige à revoir quelque peu un système jusqu'à présent pertinent. Aux États-Unis, l'édition scientifique tout entière lève ses boucliers après une proposition de la Maison-Blanche en faveur d'un accès ouvert aux résultats de la recherche financée par des fonds publics.

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(photo d'illustration, kate_harbison, CC BY-SA 2.0)


La Maison-Blanche réfléchit très sérieusement à un décret qui, s'il venait à entrer en vigueur, aurait un impact considérable sur le paysage de l'édition scientifique. Ce dernier connait d'ores et déjà de très sérieux bouleversements depuis l'émergence du mouvement dit « open access » ou « accès ouvert », qui traverse le champ de la recherche depuis quelques années déjà.

Une partie de la communauté des chercheurs estime en effet que le système historique de l'édition scientifique n'est plus pertinent, lorsqu'Internet permet de diffuser plus rapidement et, surtout, sans coût supplémentaire démesuré. La publication payante dans des revues portées par des éditeurs tels qu'Elsevier, Wiley, Springer et autre McGraw-Hill, ne serait plus indispensable.

D'autant plus que ces structures commerciales publient aussi des résultats de recherches financées par des fonds publics, limitant ainsi leurs accès à des chercheurs bénéficiant des financements les plus intéressants. Ce qui devient de plus en plus contesté, année après année, par une bonne partie de la communauté scientifique.

Tandis que l'Union européenne amorce sérieusement son Plan S, pour un accès plus large aux résultats de la recherche, les États-Unis ne sont pas en reste. Un mémo datant de l'administration Obama, tout de même, publié en 2013 et qui proposait l'accès libre aux résultats des recherches publiques un an après leur publication, pourrait être remis au goût du jour, proposant de les rendre accessibles immédiatement.

Face à l'initiative européenne, à laquelle la Chine s'est également intéressée, la proposition américaine fait sens : dans le domaine de la recherche, l'influence des uns et des autres doit s'étendre au monde entier le plus rapidement possible...

L'association des éditeurs américains (Association of American Publishers, AAP) a réagi aux rumeurs autour de ce mémo, publiant un courrier adressé à l'administration américaine. 135 signataires, pas moins, réunissant des éditeurs, des sociétés diverses et même la Chambre de commerce des États-Unis, décrivent par le menu quelles seraient les conséquences d'une telle décision.

« Si ces propositions entraient en vigueur, non seulement elles anéantiraient un pan entier de notre économie, mais elles coûteraient également des milliards de dollars au gouvernement fédéral, saperaient la recherche scientifique et la capacité d'innovation de notre pays, tout en affaiblissant considérablement la position commerciale des États-Unis. Nationaliser cette opération essentielle [la publication des résultats de la recherche publique, NdR] — que nos sociétés scientifiques privées à but non lucratif et nos éditeurs commerciaux font extrêmement bien — est une voie coûteuse et mal avisée », assure Maria A. Pallante, présidente et PDG de l'AAP. Le courrier est accessible à cette adresse.
 
Pour nourrir ses craintes, l'AAP explique par ailleurs que de nombreux éditeurs participent déjà à un mouvement de transition vers l'accès ouvert à certaines publications... Des efforts qui semblent toutefois trop légers à bien des chercheurs, voire à certains gouvernements.

Les mois à venir diront si l'administration Trump creusera cette idée pourtant venue des années à la présidence de son rival politique. Publier de manière publique les résultats de la recherche publique semble en effet l'idée la plus inconcevable qui soit...


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