États-Unis : un auteur BD en ambassadeur de la lecture

Antoine Oury - 05.01.2016

Edition - International - Gene Luen Yang bd - ambassadeur lecture - états-unis congrès


Tous les deux ans depuis 2008, la Bibliothèque du Congrès américain désigne un ambassadeur pour la lecture, qui s'adresse aux plus jeunes pour les inciter à ouvrir un maximum de livres. 2016 sera l'année de Gene Luen Yang, auteur de bandes dessinées américain, fils d'immigrés chinois, et lauréat de plusieurs Eisner Awards : il se réjouit déjà du changement de mentalité au sein de l'institution qu'induit cette nomination.

 

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Gene Luen Yang, en 2014 (Mike Liu, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Quand j'ai commencé dans les années 90, l'industrie du livre et celle de la bande dessinée étaient très éloignées, avec leurs propres récompenses, circuits de distribution et revendeurs, mais ces deux mondes convergent à présent d'une manière très intéressante », souligne le nouvel ambassadeur de la lecture auprès du New York Times. Si les lecteurs sont de plus en plus nombreux à considérer la bande dessinée comme une lecture légitime, les institutions comme la bibliothèque du Congrès sont parfois restées à la traîne. Il est ainsi le premier auteur de BD à devenir ambassadeur.

 

Un poste similaire existe au Royaume-Uni, et un premier ambassadeur « comics » avait été désigné en 2014, en la personne de Dave Gibbons.

 

Gene Luen Yang n'a pas choisi une voie consensuelle : son premier livre, il est contraint de l'autopublier face à la frilosité des éditeurs, peu motivés par cette histoire d'intégration, de religion et de racisme. Gordon Yamamoto and the King of the Geeks, en 1997, lui permettra finalement d'obtenir une bourse et de poursuivre son oeuvre. Cette dernière sera bientôt couronnée par deux Eisner Awards, une des récompenses les plus importantes en matière de BD, pour American Born Chinese (Dargaud, 2007) et Le Sourire éternel, avec Derek Kirk Kim (Dargaud, 2010, traduit par Alexis Siegel).

 

L'auteur est déjà au fait de l'importance de la lecture pour les plus jeunes : il a monté la plateforme Reading Without Walls, qui entend inciter les jeunes à lire en dehors de leur « zone de confort ». Autrement dit, ne pas se contenter d'Harry Potter, Hunger Games, et autres ouvrages étiquetés « Jeunes adultes », mais aller chercher des ouvrages difficiles, quitte à s'y heurter. « L'enfance est une exploration », explique-t-il, « et les livres peuvent être un pont vers ce qui est inconnu ».

 

Mêler apprentissage et plaisir est un souci permanent pour Yang : lorsque DC Comics lui demande de travailler sur Superman, c'est un rêve de gosse qui se réalise. Mais l'auteur en profite aussi pour faire de l'Homme de fer un immigré à qui l'on demande de s'intégrer, avec tout ce que cela implique de difficultés.