États-Unis : Un prix élevé pour prêter les ebooks des Big Five

Antoine Oury - 11.08.2014

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Suivant le développement plus rapide du livre numérique aux États-Unis, ainsi qu'un maillage du territoire plus faible en matière de librairies, les bibliothèques américaines se sont rapidement souciées de leurs collections numériques. À force de négociations, les professionnels ont réussi à convaincre les 5 grands groupes d'édition du pays de prêt leurs ouvrages numériques, mais le plus dur reste à faire.

 

 

HarperCollins (How to catch a star) - Frankfurt Book Fair 2013

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'été se sera révélé riche en émotions pour les bibliothécaires américains : après plusieurs années d'âpres négociations, les membres du Big Five, soit les 5 grands groupes d'édition des États-Unis, ont accepté de faire entrer leurs publications au format numérique dans les bibliothèques. Simon & Schuster, Macmillan, Hachette, Penguin Random House et HarperCollins se seront finalement laissé convaincre.

 

La peur qui régnait était bien entendu celle de la cannibalisation des ventes par le prêt d'exemplaires numériques : si les usagers pouvaient emprunter un livre numérique d'un clic, quel intérêt à l'acheter ? Depuis, plusieurs études ont démontré que prêter des livres numériques stimulait le marché et l'intérêt des lecteurs pour le support et les titres.

 

- 62 % des bibliothèques américaines achètent des licences de livres numériques avec un nombre limité de prêt (contre 24 % en 2012)

- 58 % achètent des livres numériques de manière définitive (contre 48 % en 2012)

- 38 % souscrivent à des accès par abonnement (contre 37 % en 2012)

Si bien que les éditeurs s'invitent désormais dans les catalogues des librairies, en imposant parfois la mise en place de liens commerciaux vers des boutiques d'achats des titres, une façon de diriger un lecteur impatient vers l'achat, dans le cas où l'ebook serait déjà emprunté. Les problèmes posés par ce genre d'affiliation sont nombreux : dégradation du service public, concurrence à la librairie, et, surtout, le maintien de licences restrictives (n'autorisant qu'un seul prêt d'un exemplaire à la fois), pour le seul bénéfice du chiffre d'affaires.

 

Modifications constantes, pénibles à suivre

 

C'est sur ce dernier champ des licences que se sont déplacées les négociations entre bibliothécaires et éditeurs. La vente de licences aux établissements, par le biais de contrats frappés du sceau de la confidentialité et loin d'être harmonisés entre différents éditeurs, qui rendent délicat l'exercice du métier de bibliothécaire.

 

« Devoir garder un oeil sur tous ces différents modèles pèse vraiment sur mon équipe. Nous recevons constamment des notifications : voulez-vous renouveler la licence ? C'est vraiment pénible de suivre tous ces paramètres », déplore Rochelle Logan, directrice adjointe des Bibliothèques du comté de Douglas, dans le Colorado.

 

Le fonctionnement par licences pose en effet des limites, et les bibliothécaires doivent surveiller les compteurs, à la fois ceux du nombre de prêts restant, mais également ceux de la fréquence des emprunts : est-il utile de racheter tel ou tel livre ? Pour le public, il faudra s'attendre à des surprises : un ouvrage emprunté quelques mois auparavant pourrait disparaître des collections, à la faveur d'une hausse des prix décidée par l'éditeur ou d'une trop faible fréquence d'emprunt.

 

La solution serait de développer son propre système d'emprunts de livres, mais une telle opération se révèle extrêmement coûteuse. Elle interdirait, qui plus est, le partage des collections numériques entre établissements.

 

Si la rhétorique de la cannibalisation des ventes a disparu, cela n'a pratiquement rien réglé aux soucis rencontrés par les professionnels. En Europe, le discours est toujours de mise, en témoigne cette infographie réalisée par la Fédération des éditeurs européens, et publiée à la fin du mois de juin de cette année.

 

Bibliothécaires, attention, la seconde page risque de vous piquer les yeux...