États-Unis : un professeur viré pour un poème d'Allen Ginsberg

Antoine Oury - 02.06.2015

Edition - International - Allen Ginsberg - professeur anglais - renvoyé poésie


Le professeur d'anglais David Olio, en poste dans un lycée de l'état du Connecticut, a été suspendu, puis contraint de déposer sa démission, après l'étude en classe d'un poème d'Allen Ginsberg, « Please Master ». Le texte avait été apporté par un élève dans le cadre d'un exercice, et le professeur l'a lu à haute voix devant la classe pour en étudier la structure. L'administration a jugé qu'il avait commis « une erreur de jugement professionnel », et l'a renvoyé.

 

 

 

« Ce faisant, vous avez trahi la confiance que le conseil scolaire avait placée en vous en tant que professeur, vous avez jeté le discrédit sur les écoles publiques de la ville de South Windsor, vous avez sapé la confiance accordée par les parents et le public, et vous avez mis l'équilibre émotionnel de certains élèves en jeu. » Les reproches adressés à David Olio sont graves, après la ou les plaintes d'élèves.

 

Le poème qui a tout déclenché, « Please Master », remonte à 1968, et il est signé par Allen Ginsberg, une des figures les plus célèbres de la Beat Generation. Dans ce texte, le poète fantasmait sa relation sexuelle avec Neal Cassady, l'homme qui a inspiré le personnage de Dean Moriarty dans Sur la route, de Jack Kerouac. Certains passages sont explicites (« S'il vous plaît, maître, puis-je m'agenouiller devant vous/S'il vous plaît, maître, puis-je baisser votre jean »), mais le professeur est évidemment tombé des nues face aux réactions provoquées.

 

L'événement est d'autant plus regrettable que David Olio est un professeur exemplaire, selon plusieurs témoignages. Certains parents ont tenté de défendre l'enseignant, en expliquant, certes maladroitement, qu'il n'avait commis qu'« une seule erreur » dans sa carrière.

 

D'autres ont clairement compris qu'il s'agissait là d'une attaque contre la liberté d'expression : « Je me sens aussi désolé pour tous les professeurs qui vont sans aucun doute être contraints de s'autocensurer, même au lycée, étant donné la politique stricte en vigueur », écrit ainsi l'un des parents sur un blog.

 

« M. Olio et les autres parties ont conclu cet accord pour ne pas distraire davantage les parents, les élèves ou le personnel de leur travail primordial d'enseignement et d'apprentissage », a simplement précisé le conseil scolaire, qui ne reviendra visiblement pas sur sa décision.

 

(via Open Culture, The Daily Beast)