Éternel dissident, Vladimir Voïnovitch critique de l'URSS à la Russie

Nicolas Gary - 29.07.2018

Edition - International - Vladimir Voïnovitch mort - dissident URSS exil - écrivain satire totalitarisme


Vladimir Nikoalievitch Voïnovitch, écrivain russe renommé, est décédé d’une crise cardiaque apprend-on dans la presse russe. Cet ancien dissident avait passé une décennie en exil, contraint par les autorités soviétiques à quitter le pays. Il restera comme l’auteur de romans satiriques, écornant diablement l’ex-URSS…

 


Vladimir Voïnovitvh, en 2017 — Svklimkin, CC BY SA 4.0 

 

Vladimir Medinski, ministre russe de la Culture est tout de même parvenu à louer le talent de l’écrivain, dont l’œuvre offrait toujours « une vision acérée de la réalité ». Il aurait également participé à « renforcer la liberté d’expression » dans le pays. Lui se serait certainement étranglé en lisant cela…

 

De l'écrivain officiel à officiellement dissident
 

Voïnovitch est né le 26 septembre 1932 à Stalinabad, dans le Tadjikistan alors soviétique depuis 1929 — et jusqu’à l’éclatement en 1991 de l’URSS. Ses premiers écrits relevaient de la littérature soviétique officielle : plusieurs romans, des poésies changées en chanson… Un certain succès, mais rien de littéralement bien mémorable. 

il se fit en revanche connaître et reconnaître avec son premier véritable ouvrage comme auteur satirique. Avec Les Aventures singulières du soldat Ivan Tchonkine, ce sont les absurdités du totalitarisme qu’il dénonçait. 

 

Mais le livre était introuvable dans les commerces, uniquement vendu sous le manteau, pour éviter d’attirer l’attention des autorités, tout en participant à la renommée de son œuvre. Le premier volume sortit en 1969, avant que les suites de ce triptyque n’arrivent, près de 10 ans plus tard.

 

En 1974, l’Union des écrivains soviétiques le chassa de son organisation et six ans plus tard, en 1980, c’est l’URSS qui le prive de sa citoyenneté. Il partira en exil en Allemagne – ex-RFA – puis aux Etats-Unis, avant de revenir en 1990. C’est Mikhaïl Gorbatchev qui lui rendit sa nationalité.

 

Entre temps, il publia également en 1978 un roman dystopique, Mon pays bien-aimé (en français). Ce dernier raconte comme le Parti communiste de la sécurité d’État dirige le pays — mélangeant tout à la fois le parti communiste, l’Église orthodoxe et la police secrète du KGB…

 

La satire, soviétique, russe, qu'importe
 

Son dernier ouvrage paru en France, La chapka, racontait la vie d’un écrivain de romans d’aventures médiocres. Ce dernier découvre que l’Unin des écrivains russes opère une distribution gratuite de chapkas — mais leur qualité est mesurée à l’aune de celle de l’œuvre des auteurs.

Or, ne lui n’est proposé qu’un couvre-chef en poil de chat. Son combat sera alors celui de revendiquer une chapka plus noble, ayant à essuyer les refus de ses pairs. Toute la satire portée contre ceux qui l’avaient rejeté, tout en mêlant la vanité humaine à son propos.

Chose étonnante, peu après sa première élection à la présidence de la Russie, Vladimir Poutine offrit à Voïnovitch un prix d’État, en 2000. En 2002, il remporta le prix Andrei Sakharov, récompensant son courage civique. 

 
Cette même année, cet éternel dissident s’était également attaqué au prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne, dans un pamphlet cocasse. Il raillait le génie que l’on prêtait alors à son concitoyen et confrère, avec ferveur.
 
Critique, jusqu'aux dernières années

 

Pour autant, il ne fut pas un admirateur partisan de Poutine : en 2003, il signera une lettre au président russe pour dénoncer la guerre en Tchétchénie. Et en février 2015, c’est une autre lettre ouverte qui demandait la libération de Nadezhda Savchenko. 

 

Son dernier roman, Малиновый пеликан, est sorti en 2016 (littéralement, Le pélican framboise). Évidemment, c’est là une satire de la Russie moderne, où un certain Pernigos entreprend de sauver une espèce rare : les pélicans à dos rosé. Après la libération de la Crimée, ces créatures ont manqué de périr avec la junte de Kiev. Un récit totalement absurde pointant les erreurs et les vices russes contemporains — comme une forme d’encyclopédie romanesque…
 

Ses trois œuvres traduites en français : 
 

Les aventures singulières du soldat Ivan Tchonkine, traduit par Alain Préchac et Stefan Radov (Seuil - 1977)

Mon pays bien-aimé, traduit par Paul Kalinine et Jean-Claude Lanne ; préface de Paul Kalinine (Stock, 1978)

La chapka, traduit du russe par Agathe Moitessier (Rivages, 1992)




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