Etourdi : un livre rendu avec 61 ans de retard à la bibliothèque

Nicolas Gary - 14.06.2014

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Avec 61 années de retard pour la restitution de documents à l'établissement universitaire où il fit ses études, Ron Webster est presque un gentil garçon. Âgé de 91 ans aujourd'hui, il compte parmi les anciens étudiants de Liverpool, en troisième cycle de sciences sociales, et a retourné un ouvrage, oublié certainement sur une étagère. Et qu'il avait retiré en 1953.

 

tired, dusty and tattered

roger.salz, CC BY 2.0, sur Flickr 

 

 

À l'époque, le jeune et fringant Ron travaillait sur les recherches du professeur AR Radcliffe-Brown, concernant les structures sociétales primitives. Impressionné par le contenu du livre, il décida de le conserver, même lorsqu'il fut invité à Londres pour poursuivre son cursus scolaire. Évidemment, les nouveaux dirigeants de l'établissement ne s'attendaient pas à revoir ni l'ancien élève, ni l'ouvrage. 

 

Le livre, Structure and Function in Primitive Society, évoque d'un point de vue anthropologique les relations entre deux tribus, qui se moquent, par des plaisanteries, l'une de l'autre, et dont aucune des deux ne doit prendre offense, ce que l'on appelle les « relations à plaisanteries ». 

 

« “La parenté à plaisanteries” est une relation entre deux personnes dans laquelle l'une est autorisée par la coutume et, dans certains cas, obligée de taquiner l'autre ou de s'en moquer et qui, de son côté, ne doit pas en prendre ombrage », explique l'auteur dans un livre publié aux Editions de Minuit, et traduit de l'anglais par F et L. Marin, « La parenté à plaisanteries », Structure et fonction dans la société primitive.

 

« Ron a été prévenu fermement par des amis, avec qui il joue aux cartes dans un pub local, qu'il serait redevable d'une très forte amende, et sentirait la force de la loi », explique Rick Walker, le fils de son frère. Le montant de l'amende s'élève en effet à 4510 £, que Ron n'a évidemment pas sur son compte. 

 

Phil Sykes, l'actuel responsable de la bibliothèque a vu débarquer Ron, le livre à la main : « Rick et Ron se sont présentés à la réception, et le personnel était stupéfait. Ils m'ont appelé et m'ont dit : ‘Vous devriez descendre, il y a un homme qui veut rendre un livre qu'il a sorti en 1953.' » Cocasse, inédit... mais la loi est la loi. « Bien sûr je ne peux pas tolérer un retour tardif des livres, mais j'ai supprimé l'amende de 4150 £, à la condition que M. Webster, désormais, mène une vie exemplaire, et rende tous ses livres à l'heure. » (via Liverpool)

 

Quitte pour la peur, donc, pour le retraité. Mais pas certain que l'expérience ait vraiment prêté à rire... 

 

Cela dit, 61 ans de retard pour un livre, ce n'est presque rien : de nombreux exemples, parfois relevés chez d'illustres personnages historiques, en ont accusé bien plus. 

 

Ainsi, Keith Richards avait accusé le coup de 50 années de retard, et d'une amende de 3000 £ pour un ouvrage oublié dans un coin, au détour d'une tournée. « Quand vous grandissez, deux lieux institutionnels vous affectent le plus : l'église parce qu'elle appartient à dieu et la bibliothèque publique, parce qu'elle vous appartient. La bibliothèque publique, c'est un bon moyen de compenser », précisait le guitariste des Stones.

 

Un exemplaire de Dorian Gray a été oublié durant 78 ans. Mais l'on pourrait aussi citer le cas d'un ouvrage de Darwin rendu avec 122 ans de retard. L'établissement avait choisi de ne pas même prendre la peine de calculer la peine de l'amende.