Être auteur et boucler ses fins de mois : 1000 $ de revenus par an

Antoine Oury - 20.01.2014

Edition - Economie - revenus moyen - écrivain - États-Unis


Difficile pour l'auteur de manger les fruits de son travail : une étude américaine récemment publiée souligne que les revenus moyens d'un auteur tournent autour de 1000 $ par an, indépendamment de la fréquence de publication. Des difficultés qui toucheraient aussi bien les auteurs édités que ceux qui choisiraient l'autopublication.

 


Earnings

(www.LendingMemo.com, CC BY 2.0)

 

 

Loin de l'image de l'écrivain submergé de royalties, l'étude publiée par Digital Book World, la 2014 Digital Book World and Writer's Digest Author Survey, révèle que les fins de mois sont toujours difficiles à boucler pour les auteurs, avec un revenu de 1000 $ par an, en moyenne. Ce montant, ou moins, correspondrait à celui de 53,9 % des auteurs édités par les soins d'une maison, et 77 % des autopubliés, pour 43,6 % des auteurs menant des « carrières hybrides », à la fois autopubliés et édités.

 

Les publicités tapageuses d'Amazon, pour promouvoir le versement des royalties de son service Kindle Direct Publishing, tout autant que le succès de Fifty Shades of Grey, initialement autopubliés, avaient pu faire croire à une alternative plus lucrative pour les auteurs, mais les chiffres ramènent sur terre.

 

Les 9210 interrogés du sondage ont assuré, au préalable, « un auteur de fiction, qui peut également écrire des ouvrages de non-fiction, et qui travaille sur un projet en cours susceptible d'être publié ». Une acception assez large, certes, mais qui a le mérite de fournir des données sur d'aspirants écrivain, qui comptent pour plus de 65 % des sondés. On compte ensuite, dans l'ordre, 18 % d'autopubliés, 8 % d'auteurs édités, et enfin 6 % d'écrivains présents sur les deux fronts.

 

Les rêves de fortune sont mal en point, mais pas forcément enterrés : 0,7 % des autoédités, 1,3 % des édités et 5,7 % d'auteurs hybrides parviennent ainsi à afficher un montant annuel supérieur à 100.000 $. Une infime partie d'entre eux, s'il est besoin de le souligner. 

 

20 à 25 % des auteurs interrogés, qu'ils soient édités de manière traditionnelle ou plus autonome, reconnaissent que l'argent et les revenus tirés de leurs écrits tiennent une place très importante dans leur processus d'écriture. 56 % des auteurs autopubliés, et 60 % des auteurs liés à une maison considèrent extrêmement important de « publier un livre que les gens achèteront ». Rien de très étonnant...

 

« Écrire de bons livres demande du temps, l'écriture est un travail à mi-temps pour beaucoup d'auteurs de l'étude, et les revenus permettent aux auteurs de montrer à leurs famille et amis le fruit de leurs efforts. Certains écrivains recherchent une légitimité, et, dans l'autopublication, où le prestige d'être sélectionné par la presse est rare, l'argent est un substitut valorisant et concret », analyse Dana Weinberg, coauteure de l'étude.

 

 Comme dans une société capitaliste traditionnelle, les 2 % d'écrivains qui s'en sortent le mieux gagnent « une somme incroyable d'argent » chaque année.

 

Hugh Howey, écrivain autoédité heureux depuis que Wool a surpris et ravi le monde de l'édition traditionnelle, a tenu à replacer ces résultats, notamment relatifs à l'autopublication, dans une perspective historique : « C'est simple : être payé pour ses écrits est difficile. Mais l'autopublication peut le rendre plus facile. À quel point ? Nous ne disposons pas de suffisamment de données. Mais, à première vue, 5 à 10 fois plus de personnes payent leurs factures avec leurs créations, par rapport à quelques années auparavant. Et cela doit aussi être un facteur d'optimisme. »