Être ou ne pas être : Hamlet dont vous êtes le héros

Nicolas Gary - 09.08.2013

Edition - International - Shakespeare - Hamlet - Ophélie


Hamlet... affligeante créature dépassée par les événements, devenu fou à force de parler à des crânes, capable de tuer le père de sa promise... Désespérant. D'ailleurs, s'il était donné de pouvoir intervenir dans l'histoire, que ne lui ferait-on pas faire, à ce Hamlet. D'abord, un grand coup de pied dans le postérieur, pour le remuer un peu !

 

 

 

 

Eh bien, l'écrivain Ryan North a entendu les plaintes et doléances des lecteurs, et décidé de leur venir en aide. Sur Kickstarter, il a lancé un projet soumis au bon financement des internautes : To Be Or No To Be: That Is The Adventure. Il s'agit tout simplement d'une histoire dont vous êtes le héros, remaniant habilement l'histoire de Shakespeare. Au lieu de tuer Polonius, le père d'Ophélie, il est désormais possible de modifier le cours de l'intrigue et de donner à Hamlet la chance de faire autre chose que la conversation avec des fantômes...

 

A différents moments du livre, écrit en anglais évidemment, le lecteur a la possibilité de choisir, et de donner à Hamlet un nouveau destin. On est alors renvoyé vers la page correspondant à son choix, une méthode connue et très classique. On peut même parvenir à faire en sorte qu'Hamlet et Ophélie se marient, vivent heureux, longtemps, avec beaucoup d'enfants.

 

Alors... certes la dimension tragique disparaît un peu au profit du côté ludique, mais enfin, être ou ne pas être, la question méritait d'être un brin dépoussiérée. « Honnêtement, je pensais qu'il se trouverait des gens pour s'écrier : ‘Mon Dieu, qui êtes-vous pour réécrire Shakespeare ?' mais ce n'est pas arrivé. Je pense que les lecteurs se rendent compte que l'histoire originale est toujours bien présente », explique-t-il à NPR.

 

D'autre part, être ou ne pas être, c'est un choix, non ? Donc l'idée de faire de cette oeuvre un livre dont on est le héros se tenait d'autant mieux. 

 

On verse parfois dans la comédie, dans l'humour, mais certainement pas dans la parodie, promet l'écrivain. « Une des choses que j'ai faites, avec Ophélie, c'est de lui donner une dimension de femme intelligente et vraiment forte. » Ce qui change en effet légèrement la donne en regard de l'histoire originelle. « C'est vrai que pour le public contemporain, Ophélie ressemble à un agneau que l'on mène à la boucherie. C'est agréable d'imaginer pouvoir prendre le contrôle de son histoire, en refusant la folie et le suicide qui lui sont réservés », commente une universitaire.

 

Approcher Shakespeare en classe avec un pareil texte, pourquoi pas ? « L'histoire est, je pense, intemporelle, pas dans le sens où nous sommes nombreux à comploter pour tuer notre beau-père, mais parce que nous faisons face à des choix dont nous nous passerions volontiers », assure North.

 

Or, le projet de financement, qui était originellement de 20.000 $, a largement dépassé toutes les espérances possibles, puisqu'il a totalisé 580.905 $ de dons, en décembre 2012. Il est désormais mis en vente, avec 768 pages en couleurs, directement sur le site de l'éditeur Bread Pig

 

Avec son objectif initial multiplié par près de 30 fois, le succès est sans précédent. Et ironiquement, celui-ci revient à un concept que non moins de 25 maisons d'édition avaient pourtant jugé comme étant « non viable » d'un point de vue commercial. Car Tom Helleberg, de l'université de New York, avait passé deux ans à proposer, sans succès, une idée similaire aux éditeurs traditionnels.

 

Après avoir revu le contenu de l'oeuvre sans cesse à la hausse, après que chaque palier de 5000 dollars de financement soit dépassé, Ryan North a annoncé que des exemplaires seraient offerts à des écoles, universités et bibliothèques ayant commandé l'ouvrage.