Être traité d'islamophobe quand on refuse la haine des fanatiques islamistes ?

Nicolas Gary - 10.10.2014

Edition - International - Salman Rushdie - Daech islamisme - haine religieuse


Salman Rushdie a pris la mouche : ulcéré par les accusations d'islamophobie qui frappent toute personne dénonçant « la rhétorique haineuse » des fanatiques islamistes, le romancier vient de consacrer le XXIe siècle, « nouvel âge de chaos religieux ». Rien de moins. C'est que les vagues de recrutements auprès des jeunes sont passablement inquiétantes, estime-t-il.

 

 

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Mort compte triple ?

rick, CC BY 2.0

 

 

Rushdie n'y est pas allé de main morte – et certainement à raison – en dénonçant le langage « djihadiste friendly » actuellement en vigueur chez les recruteurs, et tenu auprès des jeunes musulmans britanniques. Au travers des réseaux sociaux, ces derniers parviennent à prôner « une barbarie décapitante », favorable aux régimes islamiques.

 

L'utilisation de vidéos de rap, mais également des photos prises avec des armes de guerre type AK-47, pour avoir l'air cool, sont autant de messages diffusés pour valoriser « un djihad cinq étoiles ». On montre même des combattants se reposant dans des villas de luxe, exhortant à la destruction de l'Occident. « Le poids le plus écrasant de ce problème se trouve dans le monde de l'islam », ajoute-t-il, à l'occasion de son discours pour le PEN/Pinter Prize Lecture de Londres.

 

Dans son édition de la semaine, le Canard enchaîné faisait en effet état d'incitations identiques à rejoindre le djihad et le Daech, ou État Islamique. Des campagnes de publicité dévoilées par un site internet, dont parle le Coin-Coin, où l'on affirme ne pas payer de loyer, être nourri, logé, blanchi – avant d'être occis, volontaire. Des allocations mensuelles aux hommes, femmes et enfants sont versées, et ainsi de suite. Il ne serait même pas utile de parler arabe pour s'y rendre.

 

Du sectarisme ? Comment réagir autrement face à l'horreur ?

 

Et Salman d'en rajouter une couche : « Il est difficile de ne pas conclure que cette rhétorique religieuse haineuse, coulant de la bouche de fanatiques sans scrupules dans les oreilles de jeunes gens en colère, est devenue la nouvelle arme la plus dangereuse du monde contemporain. » 

 

L'auteur des Versets sataniques insiste, également contre le terme « islamophobie », inventé « pour discréditer ceux qui soulignent ces excès, en les étiquetant comme des bigots. Mais en premier lieu, si je n'adhère pas à vos idées, il doit être acceptable que, moi, je puisse le dire, tout comme vous devez avoir cette possibilité ». En somme, respecter la liberté d'expression. 

 

L'autre point dont il faut se souvenir reste que « la plupart de ceux qui souffrent du joug de ce nouveau fanatisme islamique ne sont autres que des musulmans... Il est juste de ressentir une certaine phobie pour ces questions ». Selon Rushdie, les gens tués en Irak – décapités – « ne sont pas simplement des êtres humains, mais toute une culture. Ressentir de l'aversion contre cette violence, ce n'est pas du sectarisme. C'est l'unique réponse devant l'horreur des événements ». (New Indian Express)