Etude : les vertus thérapeutiques de la relecture de livre

Clément Solym - 21.02.2012

Edition - Société - relire - livres - exprience


Le Journal of Consumer Research vient de dévoiler une étude expliquant pourquoi les lecteurs savourent de retourner à un ouvrage qu'ils ont déjà lu. Ou se repasser un film. Ou plus encore, répéter les mêmes expériences plusieurs fois. Un comportement qui n'aurait rien à voir avec une forme d'addiction, mais plutôt une tentative pour éprouver l'intérêt de ce qui est répété...

 

Cristel Russel, chercheuse spécialisée dans le comportement des consommateurs, à l'America University a sollicité 23 personnes pour cette expérience de reconsommation. Dans un article qui paraîtra jeudi, elle explique que ce retour à une expérience déjà réalisée relève d'une recherche active d'un nouveau sens à l'action, avec une très forte valeur émotionnelle. « Parce que le fait de revivre offre un moyen de regarder par un prisme identique, mais avec des yeux différents, cela offre de nombreux avantages thérapeutiques », explique-t-elle.

 

Parmi les sujets d'expérimentation, un ministre du culte qui relit régulièrement la Bible. En interprétant certains passages à la lumière de nouvelles expériences - et par cet exercice de relecture - voilà qu'il parvient à découvrir de nouveaux sens, qui lui étaient cachés. 

 

 

 

Banal ? En fait, l'étude avait aussi pour mission de confirmer les propos d'un certain Martin Heidegger, qui en 1953, assurait que la répétition permet d'atteindre une compréhension particulière de son propre passé. 

 

Et notre chercheuse d'estimer que cette re-consommation d'oeuvres ou d'expériences a des vertus thérapeutiques non négligeables. Une solution pour se purger d'excès émotionnels, par exemple. « La rééxpérience permet de prendre conscience d'événements traumatiques refoulés ou de les supprimer. Cela a ouvert la voie à une thérapie nommée abréaction, où les patients sont invités à réitérer une expérience dans un environnement contrôlé. » De quoi aider à régler un stress post-traumatique, ou soulager la persistance d'un événement mal vécu. 

 

Un autre exemple, tiré de la lecture montre qu'une lectrice tire un grand réconfort en se retrouvant dans l'environnement d'un ouvrage qu'elle connaît très bien. Un besoin irrépressible, lorsque le sujet sent une montée de stress - et selon les chercheurs, qui lui permet de se vider d'un excès de stress. 

 

De fait, même si les gens sont familiers d'une histoire déjà lue, ils éprouvent une satisfaction nouvelle en replongeant dans l'univers pourtant connu. La relecture de livres apporterait donc son lot d'émotions connues, mais surtout de nouvelles sensations.

 

Les conclusions ont des implications importantes pour ce qui concerne... le marketing, assure Cristel Russell. « Les marketers recherchent toujours de nouvelles expériences, inédites. Nous montrons, nous, que les mêmes vieilles expériences peuvent être perçues comme des solutions apportant de nouvelles perspectives. En outre, de nombreuses industries sont dans le secteur du re-lancement de tel ou tel objet (des films tirés de livres, des rééditions de vieux classiques), et ainsi, nous leur montrons une manière dont les consommateurs peuvent accueillir ces ré-expérimentations. »

 

Dans un monde de vitesse et de recherche permanente de la nouveauté, l'étude semble démontrer clairement combien recommencer peut avoir du sens. 

 

Et la relecture en numérique, elle a les mêmes vertus ?