Etude : "Quand on lit du polar, on ne peut pas être un petit lecteur"

Nicolas Gary - 13.12.2014

Edition - Société - littérature genre - polar lecteurs - prescription format numérique


Lecteur hors norme, l'amateur de polar faisait l'objet d'une étude précise, menée par le réseau social du livre, Babelio, et présentée ce 11 décembre au Centre national du livre. Près de 3700 répondants ont permis d'établir un portrait-robot du lecteur de polars en France. Le commissaire Maigret n'en revient toujours pas. 

 

Au centre, puis vers la droite Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers, Alice Monéger, responsable éditoriale des éditions du Masque, Céline Thoulouze, directrice éditoriale pour le domaine français des Éditions Belfond

 

 

Au sein du réseau social, les femmes représentent 81 % des lectrices de polar, avec un livre lu par semaine, à 22,4 % et une moyenne d'âge de 25 à 44 ans, majoritairement. Le genre du polar représente en France 1 livre vendu sur cinq, et les amateurs sont des puristes : 74,5 % d'entre eux font la différence entre les sous-genres existants (thriller, suspens, policier historique, etc.).

 

Leur choix de livre est principalement motivé par la récurrence d'un personnage, 51 %, puis viennent le résumé, 41 %, et le nom de l'auteur et la couverture, à 39 %. Cet attachement à un personnage, qu'il soit Hercule Poirot, Wallander ou Adamsberg, est primordial pour 66,2 % des lecteurs. Et si l'on note un réel attrait pour les ouvrages anglo-saxons, les auteurs français sont les plus plébiscités. 

 

Loin de l'idée d'un genre de vacances, 86,2 % des lecteurs dévorent des polars tout le long de l'année, contre 11,4 % qui en lisent plus durant les périodes de vacances. Leurs achats s'effectuent majoritairement en librairie, 30 %, bien que la bibliothèque soit le second lieu d'approvisionnement – 27 %. 

 

Des polars que les lecteurs sont plus de 53 % à lire en format poche et pour lequel ils sont 40 % prêts à investir 8 €. Pour le grand format, 33 % sont disposés à payer 20 €. 

 

Enfin, le format numérique, qui est d'ordinaire largement cité quand on parle de littérature de genre ne représente que 28,2 % des lecteurs. Ils sont cependant près de 48 % à lire un quart de leurs polars en numérique. Attendu que le marché est en cours de structuration, le prix moyen attendu pour un polar en ebook est très fluctuant : 20 % considèrent que 5 € est le prix juste, mais la fourchette va de 4 € à 15 €, pour 87 % des répondants. 

 


 

 

Chose intéressante : la prescription est principalement opérée par le bouche-à-oreille, puisque 27 % se renseignent auprès de leurs proches. Le réseau Babelio compte pour 18 %, puis viennent les critiques dans les médias, pour 16 %. En revanche, les prix littéraires spécialisés n'exercent qu'une maigre influence : 72,2 % des répondants ne s'y attachent pas. La maison d'édition n'est pas non plus un critère essentiel, seuls 32 % s'y réfèrent.  

 

Genre inintéressant pour la presse écrite

 

Trois éditrices étaient invitées à commenter ces données, Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers, Alice Monéger, responsable éditoriale des éditions du Masque, Céline Thoulouze, directrice éditoriale pour le domaine français des Éditions Belfond. 

 

Dans son discours d'introduction, Vincent Monadé, président du CNL, a pris le temps de rappeler combien le polar est « un genre qui rend complètement boulimique. Quand on lit du polar, on ne peut pas être un petit lecteur : on est plus curieux probablement ». 

 

Les trois éditrices se sont accordées pour reconnaître que « les grands médias sont de moins en moins prescripteurs », notamment parce que, « pour certains journalistes de presse écrite, le polar est un genre inintéressant ». Il faudra peut-être se tourner vers la radio, qui sera un outil efficace pour valoriser cette littérature, souligne Marie-Caroline Aubert. 

 

Genre à codes, il implique un travail particulier de recommandation. « On ne conseille par Mankell à l'amateur de Higgins Clark », plaisante-t-on. De même, pour l'éditeur, il faut savoir se retenir : « Un texte formidable, on ne le publie pas, parce que s'il est trop formidable, alors personne ne le lira », ironise Marie-Caroline Aubert.   

 

Toutes trois se sont surtout félicitées que la vague des polars nordiques prennent fin. Alice Monéger évoque des libraires qui lui demandent de ne plus en faire. « Trouve-nous autre chose, me disent-ils. Il y a un tas de pays où il se passe quelque chose en matière de polar. » Et alors que le genre acquiert une crédibilité croissante, les lecteurs changent, « et peut-être que nous avons mieux fait notre travail », précise l'éditrice de Seuil. (retrouver l'ensemble de la conférence en live tweet)

 

 

Le portrait-robot du serial lecteur de polar serait alors le suivant :  

  • Le lecteur polar est un lecteur averti qui multiplie les sources d'acquisition de ses lectures 
  • Le personnage est un élément clé dans le choix d'un polar : le lecteur est fidèle aux figures récurrentes 
  • Le polar étranger suscite l'engouement des lecteurs, avec une place de choix faite au polar scandinave 
  • Le numérique reste un support minoritaire pour les lecteurs de polar, avec des attentes de prix assez diverses 
  • Pour les lecteurs de polar, le bouche-à-oreille constitue la principale source de prescription 

 

  Etude Polar Babelio