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Étude SNE-CNL : un Français sur deux n'a pas le temps de lire plus

Antoine Oury - 17.03.2014

Edition - Société - étude - Les Français et la lecture - CNL SNE


Ce matin, Centre National du Livre et Syndicat National de l'Édition dévoilent les résultats d'une grande enquête sur les Français et la lecture. Car « nous vivons une rupture de civilisation, où l'homme contemporain [...] est de plus en plus absorbé par un monde d'écrans, d'images et d'écrits fragmentaires », annonce l'introduction de l'étude, et les deux institutions souhaitent évaluer la place du livre dans le quotidien des Français.

 


travailler moins pour lire plus

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Au total, près de 70 % des Français seraient lecteurs, un qualificatif qui couvre tous les individus ayant lu au moins un livre dans l'année. Ce chiffre est en baisse par rapport à 2011, quand 75 % des Français se disaient lecteurs. Les moins de 35 ans sont toujours majoritaires dans le domaine de la lecture-loisir, même si une baisse des pratiques est observée, ici aussi.

 

Le profil de ces lecteurs n'a pas bougé : CSP +, majoritairement des femmes, et des individus vivant en ville. Dans la mesure où le chiffre total a baissé, il semblerait que les politiques de lecture publique de ces dernières années n'aient pas vraiment prouvé leur efficacité. En moyenne, ce sont tout de même 15 livres qui sont lus par an, contre 16 en 2011. Pour les genres préférés, ils dépendent bien entendu de facteurs sociologiques : la littérature est citée par les femmes, pas par les hommes, quand les jeunes préfèrent classiques et science-fiction.

 

L'objet-livre conserve néanmoins une importante part de prestige et de noblesse dans l'esprit des Français : 96 % soutiennent qu'il faut lire des livres aux enfants, 95 % l'associent à une source essentielle de connaissance, et 85 % assurent qu'il est essentiel de posséder des livres... Même sans les lire ? Quoi qu'il en soit, à 84 %, les Français sont persuadés qu'un monde sans livres est inimaginable.

 

Les Français accordent ainsi une confiance plus importante aux contenus relayés dans un livre (à 40 %), devant la presse (16 %), la télévision (16 %), Internet (7 %), la radio (6 %) et la presse magazine (3 %). 

 

Le temps coule, la pratique de lecture aussi

 

Globalement, qu'il s'agisse des lecteurs ou des non-lecteurs, le manque de temps est avancé comme raison principale pour les premiers, et secondaire pour les deuxièmes. La concurrence des loisirs et le manque de goût pour la lecture sont également cités. L'étude prend le soin de souligner que ni « le prix des livres », ni leur « accès » ne sont considérés comme des freins à la lecture.

 

Une étrange précision, qui tombe à pic alors que des possibilités d'élargissements des exceptions au bénéfice des publics empêchés de lire, ou des usages pédagogiques, sont examinées. Si la ministre de la Culture a affirmé vouloir étudier ces hypothèses, le Syndicat National de l'Édition s'y était d'emblée opposé. « Le SNE porte la conviction que la progression attendue du marché du livre numérique en France doit se faire au profit de la diversité culturelle sur Internet. Ceci implique d'être attentif aux multiples menaces qui risquent d'affaiblir la capacité de créer, comme les volontés françaises et internationales d'élargissement d'exception pédagogique et exception handicap », soulignait Vincent Montagne en novembre 2013.

 

 

Vincent Montagne - Vincent Monadé

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Reste à savoir si des publics empêchés de lire, justement, ont été interrogés sur leur accès à la lecture...

 

Enfin, l'étude consacre également quelques lignes à l'apprentissage de la lecture dans les établissements scolaires : entre 2000 et 2012, la part des élèves français en difficulté en compréhension de l'écrit a augmenté, de 15,2 % à 18,9 %. Visiblement, l'écart se creuse un peu plus entre des élèves très doués, et d'autres considérablement en retard... 

 

Les lecteurs n'ont peut-être pas de mal à accéder aux livres, mais la dernière partie de l'étude rappelle que 2,5 millions de Français sont en situation d'illettrisme, dont la moitié a plus de 45 ans. « En matière de lecture, il n'y a pas de fatalité », note encore le document : sur les 64 pays couverts par l'étude PISA sur le niveau d'alphabétisation, la moitié ont amélioré leurs conditions d'accès à l'écrit et à la lecture.

 

Dans cette perspective, l'étude note que le budget alloué aux manuels scolaires devrait être revu à la hausse : celui de la France est ainsi inférieur à ceux de l'Allemagne, de la Finlande ou de l'Espagne.