Europe : de la jeunesse aux guides de voyage, comment l'édition vit la crise

Antoine Oury - 23.07.2020

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La fermeture des librairies pour raisons sanitaires, dans de nombreux pays européens, aura eu pour conséquence logique l'arrêt brutal d'une grande partie des ventes de livres. La Fédération des Éditeurs Européens (FEE/FEP) propose un point d'étape sur la crise et ses effets sur le secteur de l'édition, chiffres de vente à l'appui.

Médiathèque Alexis de Tocqueville - Caen


Avec la fermeture généralisée des librairies dans de nombreux pays d'Europe, les ventes de livres ont connu un recul brutal, en quelques semaines : la baisse des ventes de livres dans les librairies est estimée entre 75 et 95 %, selon les pays. 74 % de ventes en moins en Autriche, sur la seconde moitié de mars, - 50 % en Belgique sur l'ensemble du mois, - 30 % en Allemagne, - 75 % en Italie, - 78 % au Portugal... Les chiffres se succèdent, exceptionnels.

L'impact sur le chiffre d'affaires des éditeurs a été conséquent, étant donnée la place qu'ont les librairies physiques dans les achats de livres. En Italie, 1/3 des éditeurs estiment que la perte de chiffre d'affaires atteint 70 % en mars, tandis que l'édition allemande chiffre la perte à 500 millions € par mois et que les éditeurs espagnols déplorent près de 200 millions € envolés au cours des semaines de confinement.

Le mois d'avril aura été particulièrement difficile, lui aussi, avec des ventes en baisse de 96 % pour les librairies de premier niveau et de 89 % pour celles de deuxième niveau, en France. En Espagne et Slovénie, même punition, avec des ventes en baisse de 90 %. Début mai, au Royaume-Uni, les ventes de livres n'atteignaient que 18 % du total habituel pour cette période.

Dans les pays où les librairies n'ont pas fermé leurs portes, la crise sanitaire n'aura pas épargné les volumes de ventes : - 30 % au Danemark et en Estonie, - 40 % en Finlande, - 36,3 % en Suède

Les libraires auront fait preuve d'inventivité et de souplesse, note la Fédération, mais toutes les ventes en ligne n'auront pas suffi, souvent, à rattraper les pertes en magasin. En Flandre, les ventes en ligne ont augmenté de 52 % en mars, puis de 180 % en avril, tandis que l'Italie voyait, pour la première fois, les ventes de livres en ligne dépasser celles effectuées en magasin. Les marchés de quelques pays, comme la Suède ou les Pays-Bas, ont même réussi à compenser plus ou moins les pertes avec les ventes d'ouvrages numériques, y compris les livres audio.

Au moment de la réouverture, les libraires ont pu constater la solidarité et le soutien des lecteurs, avec des hausses brutales des ventes. Mais celles-ci ne se sont malheureusement pas prolongées, note la FEE. Lors de la première semaine du déconfinement, les libraires français ont pu se féliciter de ventes supérieures de 2,7 % à celles de la même période, l'année précédente, avant de les voir plonger de 8 % la semaine suivante.

En Espagne, même constat, avec une hausse des ventes de 37,5 % à la réouverture en juin, mais un niveau toujours inférieur de 5,2 % à celui de la même période en 2019.
 

Des lecteurs plus ou moins assidus


33 % de la population mondiale aurait lu plus de livres pendant le confinement, selon une étude, la Global Web Index Coronavirus Research, datant d'avril 2020. La FEE nuance la bonne nouvelle, en soulignant que cette hausse des lectures se traduit aussi par un piratage accru, et ne débouche pas forcément sur des ventes.

Plusieurs études ont montré une appétence particulière pour les livres numériques, ce qui se comprend aisément dans un contexte de confinement généralisé. En mai, plus de 50 % de la population des Pays-Bas déclarait lire un livre, numérique ou imprimé, ou écouter un livre audio. D'autres phénomènes ont pu s'observer, comme un éloignement de la lecture, notamment en Italie : 50 % de la population ne lisait pas, cette fois, en mars et avril, contre 42 % l'année précédente.

Selon la FEE, certains secteurs de l'édition ont tiré leur épingle du jeu, comme les livres pour la jeunesse, bien plus lus et achetés au cours de la période. Les guides de voyage, au contraire, ont été littéralement balayés : en France, la baisse des ventes de ces titres est estimée à 72 % en mars, et 97 % entre mi-mars et mi-avril. Des chiffres proches proviennent d'Allemagne (- 57 % en mars, - 75 % en avril) et du Royaume-Uni (- 91 % en avril, selon le libraire WH Smith).

La Fédération des Éditeurs Européens signale d'autres effets de la crise sanitaire, notamment l'annulation de certains titres par les éditeurs, les pertes de fonds engagés dans la promotion d'un ouvrage, ou encore les dommages liés à l'annulation de nombreux festivals et autres rencontres dans les librairies.
 
En conclusion, la FEE s'inquiète de l'avenir des auteurs, des librairies physiques, au vu de leur poids dans les ventes de livres, mais aussi d'un transfert possible d'une partie des ventes vers le numérique. Cela signifierait « plus de ventes venant d'un canal moins rémunérateur, en raison de coûts supplémentaires de livraison (pour les ventes de livres imprimés en ligne), de prix plus bas, de droits d'auteur plus élevés et d'une plus grande concentration au sein des revendeurs (pour les livres numériques) ou de plus faibles revenus par exemplaire (pour les formules d'abonnements) ».

Enfin, la crise économique qui s'annonce fait aussi craindre un repli de la consommation, qui ne devrait pas épargner le livre.

Le rapport complet est disponible ci-dessous.



Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Cette situation, incontestablement induite par la crise sanitaire, n'est-elle pas aussi la conséquence logique du comportement des éditeurs, des libraires et des lecteurs qui jouent avec le feu du numérique : (liseuses et autres joyeusetés), achats systématique des livres sur Amazon, FNAC en ligne et autres vendeurs de cacahuètes. nonobstant le prix unique du livre etc...?
D'accord avec Michel Blaise...



Par ailleurs, et indépendamment du sujet, même sur ce site, on trouve d'énormes fautes de français, comme ici au 2e paragraphe, où "conséquent" est employé à la place d'"important".

Je rappelle la règle à l'auteur de l'article : http://www.academie-francaise.fr/consequent
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