Euthanasie : aucune raison de prolonger la vie, quand l'esprit est parti

Clément Solym - 26.01.2010

Edition - Société - euthanasie - prolonger - vie


C'est une véritable « guerre civile » entre jeunes et vieux que l'écrivain Martin Amis dénonce, et qui se déroulera bientôt en Angleterre, évoquant le « tsunami d'argent », en référence aux cheveux grisonnant de la population qui vieillit et exerce une pression de plus en plus forte sur la société. Or, ce n'est pas pour les condamner, bien au contraire, mais Martin est connu pour ses arguments-chocs et ses phrases assassines.

« Il y aura une population de personnes très âgées atteintes de démence, comme une terrible invasion d'immigrants puants dans les restaurants et les cafés et les magasins. » Et de prédire cette fameuse guerre civile d'ici 10 à 15 ans, sans peine. « Il devrait y avoir un espace à chaque coin de rue, où vous pouvez avoir un Martini et une médaille », ajoute-t-il, presque sibyllin. Après tout, Pratchett ne demande-t-il pas le droit de mourir sur sa pelousé avec du brandy ?

Car de quoi parle-t-il en fait ? D'euthanasie... Et ces cabines seraient tout bonnement des mouroirs spécialement aménagés pour que l'on puisse en finir dans un certain confort, explique le Guardian.

Évidemment, les associations ont immédiatement levé les boucliers : pas question de parler si légèrement d'un sujet aussi important que le suicide assisté. Et ceux qui sont contre cette idée n'en ont pas moins fait un scandale. Même la société Alzheimer a fortement réagi, estimant que les réflexions de Martin sont « désinvoltes et insultantes », privant les malades de toute dignité, même ceux qui réfléchissent à une telle solution.

Martin corrige : « satiriques », ses propos, sûrement pas désinvoltes. Sa position sur l'euthanasie s'est raffermie après la mort de deux proches atteints justement de la maladie d'Alzheimer. Pour lui, le bât blesse sur ces questions parce que la religion s'est profondément ancrée dans la constitution anglaise et les esprits, au point qu'il soit difficile de séparer les questions pratiques du rapport de culpabilité et tout ce qu'il entraîne, à l'égard du suicide. Bien sûr, les dérives sont redoutables, et l'on ne peut pas laisser libre cours à l'euthanasie sans lui donner un cadre. Simplement, « c'est un domaine dans lequel nous devons faire quelques progrès ».

À 60 ans, lui-même n'est pas loin de ces questions, et l'exemple d'un proche qui avait décidé de mourir en Suisse, et s'en est trouvé empêché par la bureaucratie l'a particulièrement touché. « Je pense qu'il est existentiellement plus terrifiant de sentir que la vie est une chose dont on ne peut pas se sortir. Franchement, je ne vois aucune raison de prolonger la vie une fois que l'esprit est parti. Vous vous retrouvez privé de dignité. »

La question n'a pas fini d'agiter...