Eva contre sa mère, la photographe Irina Ionesco

Clément Solym - 17.12.2012

Edition - Justice - Irina Ionesco - prostituée déguisée - photographies


« La photographie est pour moi un élément essentiellement poétique, je l'envisage comme une écriture théâtrale, où je fixe dans un déroulement obsessionnel et incessant tous mes fantasmes », assura un beau jour Irina Ionesco. La photographe, auteure de plusieurs ouvrages, dont un roman, vient de se faire réviser la définition par le tribunal de grande Instance de Paris...

 

 

Irina Ionesco & Robbe Grillet - Temple Aux Miroirs - Book Cover

CEA, (CC BY 2.0)

 

 

Ce sont 10.000 € de dommages-intérêts qu'elle devra verser pour atteinte au droit à l'image de sa fille et à sa vie privée, par la même occasion. Eva poursuivait sa mère suite à de multiples photos réalisées lorsqu'elle était enfant, entre 4 et 12 ans. Les postures adoptées pour ces clichés, réalisés dans les années 70, ont quelque chose d'indéniablement choquant a considéré le Tribunal. 

 

Me Jacques-Georges Bitoun, avocat d'Eva, a estimé qu'à l'époque, les réseaux pédophiles avaient une forte influence, lorsque Me René-Jean Ullmann y voit, pour sa part, « une époque plus libérale et plus permissive ». 

 

Le TGI a ordonné que soient remis plusieurs négatifs, ainsi que le demandait Eva Ionesco, mais l'a déboutée dans sa demande de faire interdire la commercialisation et l'exploitation desdits clichés. Toutes deux étaient absentes, le 12 novembre dernier, lorsqu'a eu lieu l'audience.

 

Mais c'est finalement bien l'avocat de la plaignante qui aura obtenu gain de cause, en assurant que la liberté d'expression ne devait pas non plus permettre d'exhiber la jeune fille en bas résilles, sexe offert au regard... Peut-être bien qu'Eva alimente une colère, voire une haine contre sa mère, ainsi que l'a plaidé l'avocat d'Irina, mais pour le TGI, les sentiments n'ont pas eu leur place. 

 

Me Ullmann avait en effet avancé une défense intéressante : « Eva Ionesco produit ces photos quand ça l'arrange » assurait-il, ajoutant qu'elle « en a beaucoup vendu elle-même » . En outre, en 2006-2007, elle aurait autorisé un éditeur californien à se servir des photos : « Quand il s'agit d'argent, elle est d'accord. »

  

« Le problème, qui se pose, c'est le problème de la liberté face à ce qu'on appelle l'art », expliquait en novembre dernier Me Bitoun, pour qui on avait volé « la jeunesse de cette enfant ». Et de conclure : « Si l'art c'est de photographier une enfant dans ces positions-là, alors je n'ai rien compris à l'art. »

 

En effet, selon lui, jamais l'enfant n'avait été présentée comme telle, sur les photos : elle offrait plutôt l'image d'« une prostituée déguisée ».