Eva Gabrielsson, Lisbeth Salander : contre la mysoginie

Clément Solym - 01.02.2011

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Dans sa lutte pour l’héritage de son ex-compagnon, Stieg Larsson, Eva Gabrielsson commence à se trouver une véritable ressemblance avec Lisbeth Salander, héroïne gothico-punk de la célèbre trilogie de l’écrivain, Millénium.

Tout comme la hackeuse tatouée Lisbeth lutte contre les hommes qui n’aiment pas les femmes, Gabrielsson décèle de la misogynie dans le refus de certains à lui céder l’administration des droits de publication les plus sensationnels du moment : le fonds littéraire de Stieg Larsson. « Je pense que c’est vrai », a-t-elle déclaré depuis Paris, où son récit des 32 ans passés aux côtés du journaliste militant et auteur de la trilogie suédoise vient d’être publié.

Un lien du réel avec Millenium

« Il y a de la vérité dans cela ; ceux qui font ça sont des hommes », a dit Gabrielsson, reconnaissant que sa vie depuis la mort prématurée de Stieg Larsson pourrait faire l’objet d’un quatrième tome de la saga. « Ça s’intégrerait très bien dans la série Millénium. Vraiment très bien. »

Larsson, fondateur d’une petite revue à Stockholm qui a mis en lumière les mouvements néo-nazis suédois, est mort à cinquante ans, peut de temps avant que Millenium ne devienne le plus grand phénomène d’édition du XXIe siècle. Dans ses mémoires, Millénium, Stieg et moi, décrit sa vie avec l’auteur, leur étroite collaboration et la querelle familiale qui a éclaté après que Larsson est mort sans laisser de testament.

« J’ai récupéré mon appartement et la moitié de Stieg au bout de trois ans. Ils ont finalement signé les papiers en août 2007. J’ai récupéré mon argent, ainsi que les comptes communs… Mais tout ce que je demandais, c’était le fonds littéraire… Je ne veux pas la pleine propriété de la succession, mais seulement pouvoir contrôler ce qui est fait de la franchise Millénium par les éditeurs et producteurs cinématographiques qui vont l’exploiter pour faire un maximum de profit ».

Une affaire de famille

Un de leurs arguments pour ne pas la laisser gérer les droits, selon elle, est que cela la mettrait en conflit avec les droits actuellement détenus par Yellow Bird, producteurs des adaptations suédoises de la trilogie au cinéma. Ces droits comprennent le développement des personnages, « ce qui signifie qu’ils créeront des séries, écriront 15 à 18 manuscrits de films, ils sont connus pour ça. Ils l’ont déjà fait pour un autre auteur suédois de romans policier ».

Gabrielsson n’avait pas parlé à la famille de Larsson depuis août 2005. Mais lors d’une visite à la maison de Larsson à Umeaa, au nord de la Suède, le frère de son ancien compagnon a proposé une solution pour le moins originale : qu’elle épouse Erland, le père de Larsson. Cette idée l’a « pétrifiée », écrit-elle dans ses mémoires. (Via le SMH)

Cette semaine, la querelle familiale a investi le Net, quand le frère de l’écrivain a déclaré à propos du livre de Gabrielsson qu’il n’était que « mensonges et déclarations trompeuses… ». Ce à quoi il a ajouté : « Nous n’avons pas contribué à une industrialisation de Stieg Larsson, en dehors des livres et des films, qui sont sortis selon ses propres souhaits ».

À propos du quatrième tome, Gabrielsson qui s’est dite prête à le finir si la famille Larsson lui cède le fonds littéraire a seulement dévoilé que le récit débute quelque part au Canada, avec Lisbeth comme personnage principal. « Il n’y a pas de livre en tant que tel. Il y a le début d’un livre. Les gens ne semblent pas comprendre qu’il ne s’agit que d’un fragment. C’est à mi-chemin entre un carnet de croquis et un manuscrit ».