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Evacuation à la BnF : l'ensemble des tours concerné ?

Nicolas Gary - 04.02.2014

Edition - Bibliothèques - évacuation - qualité de l'air - BnF


D'aucuns diraient que c'est à cause d'une atmosphère difficilement respirable, à l'approche du départ de la directrice générale, que l'établissement a dû provoquer une évacuation d'urgence. Mais en réalité, c'est à titre préventif, du fait de la mauvaise qualité de l'air, que les personnels de l'une des tours de bureau de la BnF ont quitté leur lieu de travail. Ce problème de ventilation intervient après plusieurs inondations qui ont touché l'établissement.

 

 

 Sousceyrac (46) 21 aout 2011

"Marie Photo Passion", CC BY 2.0

 

 

Selon la direction, a été constatée « la présence en quantité significative d'éléments de laine minérale dans les batteries à débit variable qui alimentent en air conditionné l'ensemble des étages de bureaux de la tour 1 du site François-Mitterrand ». Ce ne serait donc qu'un problème de ventilation qui aurait sévi. 

 

On ne pourra en savoir cependant plus que d'ici une dizaine de jours, lorsque les résultats des analyses demandés seront remis. Les employés des sept étages de la tour 1 ne retrouveront pas leur poste de travail. Le problème viendrait, d'après les premières analyses, du filtrage d'air, en aval. Et bien que les salles de lectures, et autres espaces accueillant le public, ne soient pas concernées, une vérification globale du système d'air conditionné a été lancée. 

 

« Ces éléments proviennent d'une dégradation anormale du système situé en aval du filtrage de l'air extérieur, destiné à atténuer la nuisance sonore émise par les centrales de traitement d'air », souligne un communiqué de la BnF. Et d'ajouter, échaudée des dernières douches écossaises subies : « Un tel dispositif est prévu pour avoir la même durée de vie que le bâtiment et n'est pas censé nécessiter des opérations de maintenance préventive. »

 

En effet, pour ce qui est de l'une des inondations constatées, elle serait consécutive d'une dégradation des canalisations, déjà constatée et soulignée dans un audit réalisée en 2007

 

Une soudaine envie pressante d'évacuer

 

Sollicités par ActuaLitté, des personnels techniques nous ont apporté quelques informations complémentaires intéressantes. « Tout d'abord, il faut souligner que la direction était alertée depuis le 16 janvier des effets constatés sur les personnels travaillant dans cette tour. Le 30, l'origine avait été trouvée, et ce n'est que le 31, dans un CHSCT tout à fait ordinaire, que la question a été évoquée. On peut se demander pourquoi cette procédure d'évacuation soudaine, aujourd'hui, et pas le 31, le 30 ou  encore le 16 janvier. »

 

Selon des sources syndicales, la BnF avait décidé d'un CHSCT ce jour, sans évoquer d'ordre du jour, et pendant que les représentants se retrouvaient autour de la table, les communiqués seraient partis à direction de la presse pour faire état de l'évacuation. 

 

Officiellement, ce sont près de 300 personnes qui ont été évacuées de la tour concernée, mais pour mieux saisir l'enjeu de cette évacuation, il faut comprendre comment fonctionne ce fameux système d'aération. Il s'agit donc du traitement de l'air, un outil bruyant, dont les ondes sonores sont atténuées par des baffles, très nombreux, composés de matériaux permettant l'absorption des propagations sonores. L'air est par ailleurs traité pour arriver à chaque étage, à une certaine température, jusqu'à des Batterie à Débit Variable, ou BDV. 

 

Bien. Techniquement, reconnaît-on, les baffles sont en effet conçus pour ne pas être subir de maintenance. Mais ce n'est pas le cas des BDV. Or, la présence avérée de laine de roche provient bien des baffles, et c'est l'accumulation de poussière qui colmatait les BDV, situées en fin de course, qui a provoqué les réactions allergiques constatées : gorge sèche, sensation de manque d'air, yeux rouges, toux, etc. 

 

La poussière sous le tapis ?

 

« La direction avoue avoir constaté ‘une pollution significative' et pour cause : les BDV servent à modifier la température, et leur obstruction peut également entraîner l'accumulation de CO2 », nous explique une source syndicale de la FSU. C'est ce problème, entre autres, qui soulève la première question : qu'en est-il dans les différents bureaux des autres tours ? Et pourquoi n'avoir demandé des analyses d'air qu'aujourd'hui, alors que le phénomène est connu depuis une vingtaine de jours ?

 

 

Abstrait - Une vis bien rouillée

Un léger problème de poussière, donc...

Darounet, CC BY 2.0

 

 

 

Par ailleurs, si les baffles ne sont pas soumis à une maintenance, ce n'est pas le cas des BDV, qui sont surveillées par une Gestion de Maintenance Assistée par Ordinateur. Et si le dernier traçage n'est pas connu pour l'heure, la périodicité des relevés serait effectuée tous les deux ans.

 

On s'interroge dès lors sur la construction même du bâtiment. « Si au corps défendant de la direction, les accès sont difficiles, puisqu'il n'était pas prévu de suivre les baffles, c'est peut-être une fragilité qui remonte à la fabrication même de l'établissement, à laquelle nous sommes confrontés. Dans ce cas, l'une des hypothèses serait que la laine de roche aurait été dispersée en faible quantité dans les premiers temps, mais avec une augmentation progressive, jusqu'à la saturation ce jour. »

 

Or, la laine de roche, comme la laine de verre, sont des matériaux très présents dans l'établissement. Et si les deux matériaux sont plus ‘épais' que l'amiante (matériau absent de la BnF), il existe un réel débat sur leur nocivité. « Le fait que la laine de roche soit bloquée par les défenses oto-rhino laryngologique de l'organisme explique les réactions allergiques. Mais les interrogations n'en demeurent pas moins entières », nous précise-t-on. 

 

En fait, l'atmosphère pourrait être véritablement irrespirable...