Excédés, des libraires boycottent le prix Renaudot et son livre Amazon

Auteur invité - 10.09.2018

Edition - Librairies - prix Renaudot autoédition - libraires Amazon concurrence - boycott libraires Renaudot


Libraire durant 10 années, à Acheres dans les Yvelines (Librairie Neverland, aujourd'hui fermée), Mélanie Le Saux a découvert comme d'autres la liste du prix Renaudot. Son sang n'a fait qu'un tour. « Je ne suis peut-être pas la plus légitime, mais mon écœurement a pris le dessus et j’ai écrit une lettre ouverte au jury du Prix Renaudot », indique-t-elle.

 

Caravaggio Remake David and Goliath
David, hilare, après avoir triomphé de Goliath - domaine public, d'après Caravage



Dans le même temps, l’association Lil – Libraires indépendantes de Lorraine –, qui regroupe les libraires du Grand Est, réfléchit à un boycot du prix Renaudot, par un retour massif des livres présentés dans la liste. Un autre mouvement d'agacement, qui rejoint celui de Mélanie Le Saux.
 

Dans une lettre ouverte, elle explique ce ras-le-bol, cette exaspération, face au choix des jurés de retenir un titre commercialisé en autopublication, via Amazon. Une injure ? Face à une situation impossible, les libraires protestent.  « Merci de faire suivre si vous la pensez digne de l’être... Et si des libraires voulaient me faire l’honneur de la soutenir, peut-être aurions-nous l’opportunité de la faire publier dans les médias. Seule je ne suis rien. »
 

 

Lettre ouverte à l’attention des membres du jury du prix Renaudot.


Madame, Messieurs, c’est avec stupéfaction, incrédulité d’abord, indignation ensuite que j’ai découvert que vous aviez choisi de sélectionner un livre auto-édité chez… Amazon.

Autant dire que si cet ouvrage gagne le prix, et même s’il ne l’emporte pas d’ailleurs, les libraires se verront contraints de le commander chez leur concurrent le plus féroce. Celui-là même qui se targue d’éradiquer toutes les librairies, puis les éditeurs, pour avoir le monopole du circuit du livre.

Merci, donc, à vous président Frédéric Beigbeder, à Patrick Besson en particulier, qui a amené et défendu le livre en question, et aux autres. Merci madame Bona, messieurs Giudicelli, Giesbert, Chateaureynaud, Le Clézio, Pancrazi, Gardel et Garcin d’avoir créé ce précédent, d’avoir ouvert la porte bien grande à la « bête »… 

Alors bien sûr une question se pose. Sous prétexte de défendre un (peut-être) bon livre, de soutenir un auteur rejeté par le même milieu de l’édition qui l’avait jadis publié, de montrer du doigt je cite « l’israélophobie délirante des éditeurs traditionnels »… Vous êtes prêt à abandonner les librairies ?
 

“Chez les éditeurs traditionnels,
j'ai rencontré une israélophobie délirante”


Je ne peux pas croire un instant que vous soyez inconscients de la portée de votre acte, que vous ne vous rendiez pas compte que les libraires vont devoir désormais acheter et donc rapporter de l’argent à celui-là même qui veut leur fin. Je ne peux pas croire non plus que vous pensiez sérieusement, tout comme l’auteur, qu’Amazon puisse être garant du pluralisme que nous chérissons tous (et ne nous trompons pas de bataille, en aucun cas il ne s’agit de se battre contre l’auto-édition mais bien contre le géant américain, dont la nocivité, n’a plus à être démontrée…)

Car enfin le message que vous envoyez signifie que la librairie serait désormais superflue, libraire une profession en voie de disparition, un métier qui prendra place demain entre le cocher de fiacre et le poinçonneur des Lilas.
Alors je veux être « bienveillante » et m’interdire de penser qu’il n’est ici question que d’un coup de buzz, mais dans ce cas pourquoi Amazon ? Pourquoi pas n’importe quel autre auto-éditeur ?

Je peux également être optimiste (après tout, ouvrir et tenir pendant 10 ans une librairie en banlieue sans me payer…) et continuer à travailler sur un nouveau projet, dans une autre banlieue qui m’accueille.

Mais je ne dois pas être naïve… Comment aborder aujourd’hui ce métier si passionnant autant que difficile, si désormais la trahison vient de ceux qui devraient être les premiers défenseurs des libraires, ces libraires qui depuis toujours œuvrent en faveur de la diffusion du livre.

Ceux-ci devront-ils à leur tour boycotter le livre auto-édité, le Prix, voir les auteurs composant le jury, pour se faire entendre ? Certains commencent déjà à le murmurer… Mais de ce fait Amazon aurait déjà gagné. Heureusement beaucoup d’auteurs nous ont fait part de leur soutien, et je me garderais bien de les mettre tous dans le même sac !

Lisez... Mais lisez, bordel !
 

Libraire pendant 10 ans et désireuse de le redevenir, je refuse de baisser les bras, je veux continuer à me battre, mais pourrais-je le faire dans un monde où désormais Amazon peut remporter un prix et nous balayer sans que cela ne choque personne ? Dans un monde où, je viens à peine de l’apprendre, le ministère de la Culture proposerait un pass culture jeunesse de 500 euros, dont seulement 100 pour les livres, à dépenser y compris chez Amazon.


Madame, Messieurs, il ne me reste plus qu’à espérer que les autres membres des jurys littéraires ne suivront pas votre détestable exemple.
 

Mélanie Le Saux
 

Mise à jour 15 h 40 : 

 

Marie-Pierre Reibel, coordinatrice de l’association LIL, jointe par ActuaLitté, nous indique que, pour l’heure, « nous n’avons pas encore de position officielle. Plusieurs libraires adhérents ont, en signe de protestation, retourné les ouvrages de M. Besson, mais avant de mettre en place une action collective, nous attendons un peu ». 

 

De fait, l’ouvrage pointé par les libraires, commercialisé via Amazon, avait été largement soutenu par Patrick Besson, juré du prix Renaudot. « Les libraires attendent surtout la deuxième liste, pour tâter le terrain. Si ce fameux livre est toujours présent, alors il y a de fortes chances que ce ne soient pas que les livres de M. Besson qu’ils retourneront. »

 

Et d’indiquer, surtout, qu’il ne faut pas se méprendre sur la démarche. Le problème n’est certainement pas celui de l'auteur autopublié, mais « bien la plateforme sur laquelle elle est pratiquée. Les gens n’aiment pas l’entendre, quand ils sont clients d’Amazon, mais en achetant là, il cautionnent l’optimisation fiscale, autant que des pratiques qui ne sont pas propres, vis-à-vis des salariés ». 

 

Elle poursuit : « Nos emplois sont tous corrélés les uns aux autres, avec un impact sur les fournisseurs – les éditeurs en l’occurrence – qui sont significatifs. En achetant local, c’est leur propre emploi qu’ils préservent. » Dans le grand Est, plusieurs libraires ont rapidement réagi en choisissant le boycott pur et simple. Nous attendons désormais de plus amples informations.




Commentaires

Je comprends la colère des libraires, et pourtant... pourquoi ce livre, s'il est bon au point de pouvoir concourir à un prix, n'est-il pas édité dans une maison d'édition du circuit traditionnel français ?

C'est là à mon sens la question. Je ne crois pas me tromper en disant que personne ne rêve véritablement de publier sur Amazon. KDP, pour les auteurs et autrices, c'est un pis-aller, quand les portes des maisons classiques se sont fermées, quand des personnes en ont marre qu'un travail de parfois plusieurs années pourrisse dans un tiroir sans être lu ni rien rapporter, que le manuscrit soit bon ou mauvais.

Le seul argument par rapport à tous les désavantages que garantissent les maisons d'édition traditionnelles, c'est d'être un filtre, un gage de qualité entre les écrivain•es et le lectorat, c'est de dire "On retient tout ce qui est bon, ce qui ne passe pas notre tamis n'est pas d'une qualité suffisante pour un lectorat exigeant". Mais si, au contraire, des ouvrages de qualité n'ont plus comme solution pour se faire connaître que de pactiser avec le Diable Amazon jusqu'à peut-être gagner des prix littéraires par son entremise, qu'est-ce que cela veut dire sur la qualité du filtre des maisons d'édition qui les ont refusés ?

Et est-ce que ce sont les auteurs et autrices ainsi mises aux bans, pour n'importe quelle raison, du système économique géré par ces maisons d'édition qui doivent payer les pots cassés et se trouver en plus de ça frappé•es d'anathème dans la sélection des œuvres pour les prix littéraires ?

Double peine et aucune considération pour ce qu'est censé récompenser un prix littéraire : la qualité de l'œuvre, pas la réputation de sa maison d'édition.

Les librairies devraient peut-être demander des comptes aux maisons d'édition, car manifestement ce sont les lacunes de leurs sélections qui laissent des trouées béantes à Amazon pour qu'il s'y engouffre.

Et punir par principe les auteurs et autrices qui, faute de mieux, ont recours à ses services, et ce alors qu'ils sont eux-mêmes le maillon le plus faible de la chaîne du livre n'est franchement pas glorieux.
Merci beaucoup pour ce message : ça fait plaisir d'enfin lire ça. Là, on touche vraiment ce qui est important.



C'est ça le vrai problème.



Et en s'attaquant au concours et en boycottant le livre, on crée davantage de tension. On bloque l'auto-publication, pas Amazon. Le boycott, à cette échelle, ça ne fera rien au géant et, au contraire, ça rendra les auteurs auto-édités comme moi encore plus dégoûtés de ce système, nous poussant davantage à nous diriger vers ce type de solution.



Personnellement, on ne m'a jamais refusé mes manuscrits car ils étaient mal écrits, de mauvaise qualité... Le peu de fois où on daignait me répondre (et ce sans insulte, parce que c'est feu à volonté en général), c'était pour me dire qu'on n'avait pas envie de publier mon roman parce que c'était "trop original pour prendre le risque de rapporter".



Elle est belle la démarche. On vise l'originalité, on bosse dur, on nous envoie balader. A l'inverse, si on tape ce qui est plus populaire, on nous critique de ne pas être assez innovant.



On nous propose rien à côté. On se moque de nous en tant qu'auto-publiés car considérés comme des "ratés" qui n'ont pas réussi à "prouver leurs valeurs".



En quoi le nom d'une boîte qui ne fait rien d'autre qu'exploiter des artistes pour se faire des sous devrait justifier la qualité de notre boulot ?



J'ai fait des années d'études d'écriture en hautes écoles, j'ai bossé en tant que lecteur de scénarios chez France 3, je suis traducteur/correcteur depuis quatre ans à Hollywood, j'écris tous les jours depuis presque 10 ans... Mais ça, ça vaut que dalle j'imagine. Non. Il me faut la sainte maison d'édition dans le dos pour qu'on puisse me traiter avec respect. C'est obligatoire, bien entendu.



Parce qu'à la fin, c'est ça la plupart des ME modernes : des profiteurs. Des noms qui utilisent leur statut pour utiliser des gens qui eux, vraiment, ont du talent.



Alors quand on nous donne l'occasion d'accéder en quelques clics à un lectorat et de vendre sans que personne vienne nous emmerder, forcément, on saute sur l'occasion.



Et là wow... Non seulement ça se vend, mais on reçoit de très bonnes critiques. Incroyable ! Est-ce que ça signifierait peut-être... que les maisons d'édition sont inutiles ? Non. N'imaginons pas ça. Pas les saintes maisons d'édition !



Bref. Ironie à part, ce n'est pas Amazon la source du problème : ce n'est qu'une conséquence.



Et si on continue avec ce genre de réaction débile, on va droit dans le mur.



Enfin, les ME et les libraires en tout cas.



Nous, on a une solution de secours qui, même si elle n'est pas parfaite, marche plutôt bien pour le moment. Du moment que les ME ne nous mettent pas des bâtons dans les roues, elles peuvent pourrir d'elles-mêmes si ça leur chante. Et pour les libraires, il suffirait d'attaquer le problème dans le bon angle et d'arrêter de nous mépriser.



Oui, on est en colère. Mais nous aussi on a un métier. Nous aussi on essaye de ne pas mourir.
Je vous en prie, Monsieur Kochmann, je partage votre constat.



Et je suis par ailleurs consternée de la virulence et du mépris de certains commentaires suite à cet article à l'encontre des autrices et auteurs publié·es à compte d'auteur ou grâce à KDP, et du jugement à l'emporte-pièce que toutes celles et ceux qui ne seront pas d'accord avec le constat de leur nullité ne peuvent être que des écrivain·es raté·es qui se prennent pour des génies incompris·es.



Est-ce que les questions de fond qui sont posées ici, au sujet du fonctionnement actuel des maisons d'édition françaises, sont à ce point épidermiques et impossibles à répondre avec honnêteté qu'elles ne peuvent recevoir pour seule réplique que des attaques ad hominem et des caisses de dénigrement pour les faire taire ?



Je tiens par ailleurs à souligner, pour clarifier d'où vient ma réflexion et couper court aux spéculations de ces censeurs méprisants, que je n'ai jamais publié quoi que ce soit, que ce soit à compte d'éditeur ou d'auteur, que je n'ai par ailleurs jamais acheté un livre publié sous KDP si ce n'est téléchargé une nouvelle gratuite (!) qui était franchement pas mal du tout... mais que par contre j'ai travaillé en maisons d'édition parisiennes. Et qu'au cours de mon expérience professionnelle, j'ai pu constater que des oeuvres qui n'avaient aucune valeur littéraire parvenaient à franchir le seuil de la publication, notamment quand l'auteur avait un Papa ou un Papy (ou les deux) de connu(s) qui lui permettai(en)t d'avoir des appuis de taille pour faire valoir son travail, ou bien par exemple quand il signait une (mauvaise) adaptation d'une oeuvre classique et canonisée, tandis que de meilleures oeuvres originales sans appui finissaient à la poubelle sans un deuxième regard malgré des "scores" bien plus honorables au stade des fiches de lecture.



J'ai eu l'occasion de défendre moi-même bec et ongles une oeuvre d'une splendeur et d'une finesse rares, et je n'étais pas la seule à en être convaincue, de relancer sans cesse la machine pour que l'on publie ce texte, écrit par un auteur par ailleurs déjà publié et récompensé pour d'autres oeuvres comme je l'ai ensuite constaté... tout ça pour assister, impuissante, au fait que celui qui gagnait au même moment le prix de la consécration était le fils à Papa qui avait joyeusement massacré un chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, en y ajoutant des interpolations d'un autre auteur dont la pensée n'avait rien à voir avec celle de l'auteur original et ce sans le signaler (c'est moi qui ai tiré la sonnette d'alarme avant publication car personne d'autre ne l'avait remarqué, il a dû admettre que c'était bien une citation citée sans guillemets, et donc pas de lui, et ça a été mentionné en note de bas de page, mais ça n'a pas remis en cause sa publication). Auteur qui, par ailleurs, n'avait même pas été capable de copier l'oeuvre qu'il avait adaptée sans rajouter une myriade de fautes de français à longueur de pages de son manuscrit-torchon.



Last but not least : qui donc a été chargé·e de corriger les fautes d'orthographe, de syntaxe, de typographie et tout bonnement d'inattention de monsieur l'Auteur consacré par la maison censée être garante de notre horizon littéraire ?

Des stagiaires non rémunéré·es, exploité·es. Meilleur·es en orthographe et en écriture que Monsieur l'Auteur dont le nom apparaît en grandes lettres sur la couverture.



Il m'est depuis difficile de prendre vraiment au sérieux l'affirmation selon laquelle les maisons d'édition sont un gage de qualité et qu'elles opèrent une sélection salutaire pour ne dénicher que les diamants au sein de monceaux d'immondices qui leur arrivent par la Poste.

J'ai surtout pu constater qu'elles étaient une machine capable de rendre potables et bankables des textes sans intérêt (rendons-leur cette justice-là, c'est déjà un tour de force qui n'est pas donné à tout le monde), et aussi capable de laisser sans remords sur le bas côté de véritables pépites et ce sans autre explication qu'un argument commercial à mon sens douteux et cela a mis à rude épreuve ma volonté de persévérer comme professionnelle dans ce secteur.



Sur cette confirmation assez sombre vue depuis les rouages intérieurs, Monsieur Kochmann, je vous souhaite une bonne journée et une excellente continuation.
Merci, Moon. J'ajouterais à l'orthographe, la typo, la syntaxe, etc. la mise en page et la présentation de l'ouvrage ; certains s'en sortent bien, mais vous avez vu combien de livres auto-édités ont des couvertures affreuses et des mises en page désastreuses ? Globalement, je comprends les libraires ne prenant pas de dépôts pour ces oeuvres. Et qu'on ne me parle pas du numérique ; la mise en page y est autant maltraitée que sur le papier.



Alors je sais que certains ici se sentiront visés, ce n'est pas mon but, mais effectivement, un auteur travaillant seul sur son livre manquera à coup sûr de réussite sur certaines étapes.



Pour les fans de numérique, ou ceux qui rêvent de percer grâce à ça, les formats proposés par Amazon vous en rendent dépendants. Les éditeurs américains ont laissé Amazon fixer le prix des ouvrages en numérique et s'en mordent les doigts. En France, heureusement, les règles sont différentes.





En dehors de ces points, pour les auteurs parfaits et se passant d'éditeur, de distributeur et de diffuseur, combien de temps devrait prendre un libraire, pour un stock de 8000 livres, à 3 titres par auteur, pour recevoir chaque auteur présentant son travail ?



Encore une fois, le sujet ici n'est pas l'opposition librairie et édition / auto-édition, c'est bien la défense d'un modèle, imparfait mais qui fonctionne, contre Amazon, dont le but est de vendre ses propres produits.
Ah bon, parce ce que le modèle français ne cherche pas lui aussi à vendre ses propres produits ?
Je ne comprends pas bien votre point, Nicolas : Moon parlait justement de ce qui passait en interne dans les maisons d'édition, pas de l'auto-publication.



Si on travaille bien (j'ai un illustrateur pro et de multiples correcteurs, personnellement), on peut se permettre de faire du super boulot. L'auto-édition, ce n'est pas travailler seul. C'est travailler à son compte. C'est très différent.



Et vous dites que ce n'est pas une question des libraires contre l'auto-publication... Oui, l'auto-publication n'est pas directement visée. C'est pire que ça : c'est un dommage collatéral de ce boycott. On s'attaque à Amazon, mais si ça détruit les chances pour de futurs auteur auto-édités de recevoir des prix... bah tant pis.



Pardon, mais ça nique notre métier. On est obligés de le prendre personnellement.



Faut arrêter de prendre les auteurs comme des petits poissons qu'on peut balayer d'un coup de patte tandis que les pauvres ME et libraires doivent survivre. On se saigne aussi pour vivre de notre art... et d'ailleurs, nous, c'est un art. On ne se contente pas simplement de valider des manuscrits écrits par d'autres pour (en plus, souvent mal) les exploiter. Nous, on écrit vraiment.



Et pour nous aussi, le temps c'est de l'argent.



Je suis désolé d'être direct et cassant, mais faut bien mettre les points sur les i parce que c'est fatigant de se faire malmener comme ça.



Les libraires n'ont pas le temps de nous distribuer, malgré notre travail énorme ? Eh bien, on est obligés de trouver une solution. Et si ça les tue... Bah fallait essayer un minimum de travailler avec nous.



Je me suis fait traiter de "connard capitaliste" en proposant mon livre à une librairie parce qu'il était vendu sur Amazon. A l'époque, je n'étais même pas auto-édité. Je lui proposais justement de distribuer mon roman pour que les gens ne passent pas sur le site. Il m'a dit que c'était inutile parce que c'était sûrement nul... et il n'a pas lu une page. Pas une seule. Il n'avait pourtant rien à dire sur la couverture : elle avait été faite par un pro. Sa seule raison de penser que je ne savais pas écrire venait de préjugés ridicules.



Et sinon, Moon, merci beaucoup pour ces précisions. C'est effrayant, mais malheureusement peu surprenant.



En réalité, j'ai été édité (donc par une vraie ME, à compte d'éditeur) pendant un an et c'était une catastrophe. Le gros du boulot venait de moi seul. J'ai même perdu de potentiels lecteurs tellement le travail était bâclé et peu sérieux.



Donc, effectivement, non : une maison d'édition n'est pas un gage de qualité.



J'aimerais vraiment que les gens comprennent ça.
L'émergence d'un modèle comme celui d'Amazon révèle et accélère l'"obsolescence programmée" du modèle français. Je ne crois pas que les auteurs le regrettent un instant. Ceux qui le regrettent sont plutôt ceux qui ont intérêt à le maintenir artificiellement en vie le plus longtemps possible : éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires.
Tout à fait d'accord avec vous, koinsky. C'est de la belle hypocrisie.



On pointe du doigt le vilain loup Amazon pour se donner des allures d'agneau.



D'un seul coup, on perd sa légitimité. Donc, forcément, on accuse l'ennemi. C'est sa faute.



Encore une fois, si ces mêmes libraires essayaient plutôt de se concentrer sur le vrai problème, les difficultés qu'ont les jeunes auteurs pour bien se lancer, pour être considérés, pour trouver des lieux de partage... on en serait pas là.



C'est le retour du bâton.
Parler d'argent on dirait un gros mot lâché dans le monde des livres... Et pourtant! Les uns pleurent, les autres se frottent les mains d'aise. Qui songe une seconde aux auteurs floués sur leurs droits ?

Le cas d'une écrivaine, Renée Bonneau, me vient à l'esprit. Ancienne agrégée de littérature, elle écrit divinement bien. Un très beau livre sur Monet, entre autres, éditée dans différentes maisons

de structure moyenne ayant pignon sur rue, la dame ne bénéficie d'aucune couverture médiatique ou presque, sans que l'on comprenne pourquoi.

Depuis deux ans Renée doit batailler ferme avec une maison d'édition qui ne lui paye pas ses droits.

Elle travaille à un nouveau livre, heureusement! La lecture comme l'écriture vous transporte dans un autre monde, moins moche et surtout, moins injuste.

Des histoires comme celle-là, il y en a des dizaines en France.

L'adage a menti: Tout travail ne mérite plus salaire!

Pour les écrivains auto édités, Amazon est un pis-aller... L'histoire de ce prix aura eu le mérite de sortir l'écharde de la main des grands groupes qui, loin de songer à la qualité, ne pensent qu'à la rentabilité. Ils critiquent Amazon mais sont "amazoniés". Peut-être que l'édition en France s'est arrêtée, non pas à Stromboli, mais à la disparition de grands noms de l'édition, ces femmes et

ces hommes découvreurs de talent et respectueux, quoi qu'il arrive, des auteurs et de l'écrit ?

Non, les auteurs refusés ne sont pas tous des ratés!

Oui, Tara, vous avez raison. Les éditeurs qui reçoivent des manuscrits ne jouent pas le jeu, façon

de parler. Ils ne les ouvrent, que si vous passez par Un tel ou Tartempion, des contacts, du réseau

et tout le tralala. Michelle, merci pour le petit mot.
Pour un groupe de presse, je suis critique littéraire. En ce moment j’analyse un livre qui s’est vendu à plus d‘un million d’exemplaires… (Un vrai petit bijou : Les neuf marches de Daniel Meurois et Anne Givaudan). Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’il avait été… auto édité avant d’être maintenant en livre de poche ! Le hasard n’existe pas…

Devant tout ce tintouin, m’est venue une position qui résume tout (cela n’engage que moi !) : en France, certains éditeurs ET libraires, je dis bien, - CERTAINS – traitent les auteurs inconnus comme CERTAINS employeurs traitent les débutants sans expérience et comme CERTAINS agents immobiliers traitent les locataires en recherche d’habitation. C’est-à-dire sans aucune considération mais avec beaucoup de méfiance. On me pardonnera de conclure en oubliant ma bienveillance : ces attitudes franco-françaises rigides et fermées, font de nous un pays arriéré sur bien des plans ! Quel dommage pour un si beau pays et une si grande nation !...
Je suis tout à fait d'accord avec votre analyse.

Et je rajouterai même que, pour beaucoup d'éditeurs (pas tous : c'est effectivement mal de faire des généralités), c'est devenu bien plus facile de repêcher ce qui est auto-édité et marche seul.

Pas de prise de risque de cette façon. On a juste à piocher.

Mais, de ce fait, la question est la suivante... Si une ME attend qu'un auteur réussisse seul pour le reprendre, à quoi sert-elle ? Enfin, mis à part à donner l'impression que l'auteur a de la valeur ?

Pourquoi une ME devrait automatiquement être une confirmation ? Surtout si elle ne fait qu'un travail de récupération ?

Si les préjugés disparaissaient, beaucoup de ME n'auraient plus la possibilité de jouer de cette hypocrisie.

En France, on a véritable problème avec le risque. Je vis maintenant dans un pays qui a la mentalité inverse et, franchement, ça fait un bien fou.
Je tombe, en attendant que mon précédent post ne passe, sur un texte qui contient des choses qui me parlent, sur la page fb de Madame Aurore Drey.

https://www.facebook.com/auroredrey.ecrivain
La belle arrogance des libraires dont certains, heureusement, font un travail formidable.

Mais avec leur marge 4 fois supérieure à celle de l'auteur, c'est le moins qu'on puisse attendre.
Il serait tout de même sain de ne pas confondre remise éditeur et marge... Je me demande ce qu'un lecteur intéressé par cette problématique retirera de ce fil de "discussion"
On comprend l'inquiétude des librairies face à la montée en puissance d'Amazon... Mais prendre une attitude à la Trump, ou à la Orban, boycotter une oeuvre de l'esprit qui a été refusée par des éditeurs... C'est donner raison à un certain Bradbury et son Farenheit 451.

Ce n'est pas le premier boycott des librairies (on se souvient notamment de Rose Bonbon). Enterrer ainsi la loi Lang (il y a un codicille imposant aux libraires de ne pas refuser de distribuer des ouvrages, ne serait-ce que par la commande) est exactement ce qu'attend Amazon.

Rendez-vous donc place de Valois pour le premier autodafé de livres depuis quelque temps. Le danger, c'est qu'une profession transforme Amazon en défenseur de la liberté d'expression... Exactement le but contraire que ces défenseurs de la librairie s'est fixé... Car la censure existe bel et bien chez Amazon...

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