Exclusif : Le procès d'ouvrages et d'auteurs : M. Hollande, réagissez !

Nicolas Gary - 19.03.2014

Edition - Société - François Hollande - Conseil Permanent des Ecrivains - littérature jeunesse


Le Conseil permanent des Écrivains réunissait hier ses membres et la presse, autour d'une conférence de presse. Au menu, fiscalité, liberté d'expression, régime de sécurité sociale, ou encore droit européen. « Ça étonne, mais écrire, c'est un métier. Si l'auteur n'a pas de régime de sécurité sociale, il devra trouver un vrai métier… un métier salarié. De fonctionnaire ? », expliquait Emmanuel de Rengervé, juriste du SNAC BD. 

  

 Galerie des héros - Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil 2013

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Parmi les grands enjeux actuels pour les auteurs, Gaël Aymon, de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, pointe les dérives actuelles dont les livres jeunesse utilisés à des fins pédagogiques, font l'objet. « La littérature jeunesse est pourtant un rempart contre toutes les discriminations, celles entre les sexes, mais aussi celles entre futurs lecteurs et futurs non-lecteurs. Elle est un outil d'intégration dans la société. Et la simple histoire lue – ou pas - chaque soir par les parents fait sans doute d'elle le premier outil de lutte contre le décrochage scolaire », explique-t-il, dans une tribune publiée par ActuaLitté.

 

La présidente du Conseil Permanent des Écrivains, Marie Sellier, avait adressé le 21 février dernier, un courrier au chef du gouvernement. Evoquant « un amalgame intolérable entre l'action éducative […] et la soi-disant promotion par l'État de la théorie du genre », le CPE dénonçait la reprise par « plusieurs organisations ou groupuscules activistes ». Ces derniers intentaient des procès aux ouvrages jeunesse, et leurs auteurs. 

Certains d'entre eux ont fait l'objet de diverses tentatives d'intimidations. Plusieurs ouvrages sont proposés, ni plus ni moins, à une mise à l'index ; voire à une interdiction d'être publiés. Je ne peux davantage passer sous silence les pressions indignes qui sont exercées sur des bibliothèques de lecture publique dans le but de faire retirer de la consultation des ouvrages de littérature jeunesse.

 

Et que ces groupes se soient vu emboîter le pas par des personnalités politiques était plus inquiétant encore. 

 

On s'en souviendra, Jean-François Copé est parti en guerre contre un ouvrage, Tous à poil, considérant que l'on trouvait dans ce livre les pires maux de la terre. Le président de l'UMP, début février, déplorait cette publication : « Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour. Ça vient du centre de documentation pédagogique, ça fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaire. » Et par la suite, il accusa le livre de faire la promotion de la lutte des classes, de valoriser une théorie du genre, etc…

C'est un bien triste climat qui prévaut dans notre pays, suscitant l'inquiétude injustifiée des parents et une surenchère politique de très mauvais aloi rappelant les pires heures de notre histoire contemporaine.

Je ne doute pas, Monsieur le président, de votre vigilance et de votre soutien. Les centaines de milliers d'auteurs que représente le Conseil Permanent des Ecrivains apprécieront tout message que vous serez amené à porter à ce sujet.

 

À ce jour, le courrier, en date du 21 février, n'a toujours pas reçu de réponse de la part de l'exécutif, nous précise-t-on. Cependant, François Hollande a reçu dernièrement le Syndicat national de l'édition, à l'occasion d'un déjeuner à l'Élysée. Une petite cuillère nous avait alors rapporté que le président avait défendu « l'idée qu'il faut se battre contre la fracture de la lecture, mais aussi pour mettre des livres dans les mains des enfants, notamment à l'école ».

 

Nul doute que, si le président a tenu à rassurer les éditeurs, son message à l'attention des auteurs ne saurait différer, même s'il n'a pas pris le temps d'en discuter durant un déjeuner.