Exclusif : le Syndicat de la librairie met en garde contre les soldes de la Braderie

Clément Solym - 23.11.2011

Edition - Librairies - braderie - beaux livres - librairie


Fin octobre, 'ActuaLitté' faisait état de quelques indélicatesses constatées à l'occasion de la Braderie organisée début décembre, par différents éditeurs de beaux livres et de livres d'art. Celle-ci se déroule à Saint-Germain-des-Près, quartier des éditeurs. Pointant l'absence de libraires présents pour la commercialisation des titres, mais également de possibles infractions à la loi Lang, nous présentions alors un état des lieux qui avait de quoi inquiéter.

 

Par ailleurs, Pascale Le Thorel, qui dirige le groupe Art du Syndicat national de l'édition, avait répondu à ces constats, assurant que les éditeurs étaient prêts à discuter avec les libraires. Elle soulignait toutefois deux points importants : d'un côté, il s'avère que des libraires mêmes profitent de cette braderie pour refaire leur stock. « Bien sûr, nous sommes à la marge avec cette braderie, mais encore une fois, ce n'est qu'un week-end par an. Et les gens qui viennent à cette braderie sont avant tout des personnes qui s'intéressent au livre d'art, pas des gens venus faire des soldes. » [NdR : nous soulignons]

 

 

Enfin, notons que l'éditeur Diane de Selliers, cité dans notre article, nous avait interpellé, tenant à préciser, dans un argumentaire qui ne semble pas avoir convaincu nos lecteurs, sa position dans cette histoire.

 

 

Aujourd'hui, Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, nous a officiellement fait part de la réaction du SLF. Nous rapportons l'intégralité de ses propos ici.

 

 

La loi relative au prix du livre est très claire sur le sujet des soldes. Ne peuvent être soldés que les livres publiés depuis plus de deux ans et dont le dernier approvisionnement remonte à plus de six mois. Dans le cas des éditeurs, cette dernière clause est inopérante puisque les éditeurs présentent des ouvrages qu'ils détiennent en stock au titre de la distribution et qu'à ce titre ils ne peuvent pas se commander artificiellement des ouvrages à eux-mêmes. Cela signifie qu'au-delà du principe de la vente directe d'ouvrages par les éditeurs eux-mêmes, qui soulève en elle-même des questions de nature commerciale, un éditeur ne peut en aucune manière vendre à moins de 95 % du prix public éditeur un de ses ouvrages que lui-même ou son distributeur détient en stock.

 

 

Cette règle s'applique quel que soit l'état et la nature du livre. Le ministère de la culture rappelle explicitement dans son commentaire de la loi de 1981 que celle-ci « ne comporte aucune disposition dérogatoire au bénéfice des ouvrages défraîchis ». Par conséquent, le solde de livres « présentant un défaut de fabrication », « abîmés pendant leur transport », « défraîchis à la suite de leur présentation au sein des librairies » ou « détériorés en librairie » et, de manière général, le solde de livres déstockés, mais maintenus par ailleurs dans le circuit classique de commercialisation est illégal ;

 

Tel est d'ailleurs le sens du message adressé à ce sujet aux éditeurs d'art par le SNE lui-même ;

 

Le SLF rappelle que les éditeurs ont toute latitude pour baisser officiellement le prix public de vente de leurs livres, mais que cette baisse s'applique alors à l'ensemble du stock disponible, y compris les ouvrages en librairie (c'est d'ailleurs pour cela que les libraires disposent d'un droit de retour sur ces ouvrages afin qu'ils n'aient pas à amortir la baisse de prix). De cette façon, le livre continue d'avoir un prix unique et non pas un prix différent entre une braderie et les autres circuits de commercialisation. Rien n'empêche donc les éditeurs d'art de prévoir chaque année une campagne de baisses des prix éditeurs sur certains ouvrages et d'en informer les libraires afin que ceux-ci puissent travailler avec leurs représentants et remettre en avant ces ouvrages dont les prix auront été baissés en toute légalité ;

 

Par ailleurs, sur un plan plus général, le prix unique du livre est un dispositif dont nul ne conteste qu'il a permis depuis 30 ans de sauver la diversité de la création éditoriale, notamment en permettant de préserver le tissu des librairies. Cette loi jour donc un rôle positif vital pour les éditeurs et les libraires. Comme tout dispositif juridique, le prix unique présente également des contraintes. Mais il n'est pas possible de se féliciter du bien fondé du prix unique tout en souhaitant s'affranchir, ne serait-ce que de manière exceptionnelle, de ces contraintes.

 

Dans l'attente de pouvoir discuter de telles pistes de travail avec les éditeurs, le SLF, saisi par plusieurs de ses adhérents sur le sujet de la braderie, prendra cette année, à défaut d'engagements rapides et très clairs de l'ensemble des éditeurs participant à la braderie, toutes dispositions nécessaires pour faire constater par huissier les infractions à la loi de 1981 et engager le cas échéant des actions en justice. [NdR : nous soulignons]

 

Le SLF reste à votre entière disposition afin de trouver ensemble les solutions permettant d'assurer le plein respect de la loi sur le prix unique par les éditeurs et d'éviter d'en arriver en dernier recours à des actions contentieuses que nul n'appelle de ses vœux.

 

 

Selon nos informations, la Braderie est maintenue, les 3 et 4 décembre, mais le lieu n'est pour le moment pas connu, nous précise l'École nationale supérieure des beaux-arts, qui avait l'habitude de l'accueillir.