Exercice collectif de lecture individuelle en silence

Clément Solym - 01.04.2014

Edition - International - lecture en silence - New York - canapé


La télé était éteinte, pas un cri, pas de hurlements ni d'applaudissements : on aurait pu croire que le bar Willamsburg de Brooklyn était déserté. Pourtant, ce 16 mars, on comptait une trentaine de personnes réunies calmement, en silence, lovées dans un fauteuil… et venus pour lire. On proposait tout de même un peu de vin, et de la musique - une harpiste présente pour l'occasion. Rien ne vaut un doux accompagnement musical…

 

 


 

 

Il s'agissait là de la première Silent Reading Party organisée, une atmosphère calme et sereine comme les apprécient les amoureux de la lecture. Il aura fallu une vingtaine de minutes, rapporte Bookish, pour que tout le monde s'observe et vérifie comment chacun allait s'asseoir, et si tout le monde était bien venu pour lire. Passé ce délai, seul le bruit des pages résonnait encore, et faiblement, dans la pièce. 

 

Le concept n'est tout de même pas désopilant : réunir des bibliopathes pour une séance de lecture, individuelle, il fallait l'imaginer. Dans un silence religieux - celui qui sied aux livres - tout le monde pouvait venir, avec son livre papier ou son Kindle. Seul Jamie Burns, organisateur, se tenait debout avec une pancarte : « Demandez-moi n'importe quoi. » Sa présence visait à ne pas interrompre l'expérience : garder le calme absolu, et surtout, préserver le plaisir de chacun. 

 

 

 

 

Pourtant, le principe n'est pas inédit : à Seattle, le rédacteur en chef de The Stranger, Christopher Frizzelle, organise déjà une pareille manifestation de lecture silencieuse. Il fallait que New York disposât de la sienne. Derrière cette apparente austérité, c'est l'alliance d'une vie sociale et de la lecture, qui semblent pourtant opposées. Si le livre est un passe-temps solitaire, la Silente Reading Party est un moyen de réunir les deux mondes, les amis, et les livres. Le tout dans un exercice de socialisation non verbale. 

 

L'autre enjeu, c'est bien celui d'encourager à lire : certes, il faut un peu d'audace pour se lancer, mais avec l'effet Mouton de Panurge - entendez, le plaisir de découvrir Rabelais - on se retrouve plus motivé. Un peu comme pour la salle de sport : si l'on s'y rend à plusieurs, on est plus motivé, évidemment. Une manière de donner un petit coup de pouce, dans tous les cas. 

 

Une prochaine édition est prévue pour le mois d'avril, et d'autres lieux, d'autres livres, d'autres personnes. De quoi apporter un peu de tranquillité à New York.