Exercice de poésie : 'Essayez alors d'être plusieurs, simultanément.'

La rédaction - 04.03.2014

Edition - Société - François Matton - exercice de poésie - vie pratique


Toute la semaine, ActuaLitté propose de découvrir le travail de François Matton, également exposé à la Maison de la poésie. De grandes planches accompagnent le visiteur pour des Exercices de poésie, qui sont autant de textes malicieux, apaisants, relaxants, drôles… et poétiques. Chaque jour, nous vous proposons de retrouver l'un de ces dix tableaux, d'une exposition peu banale.  

 

 

Vous n'en pouvez plus d'être vous ? Vous en avez plus qu'assez d'être limité, de n'être que ça ? Vous voulez passer la vitesse supérieure ? Très bien, nous avons la solution.

 

Commencez par fermer les yeux. Calmez-vous, prenez votre temps. Au bout d'un moment, une fois le calme établi, essayez de saisir ce que vous êtes, là, en cet instant. Pas facile, n'est-ce pas ? Et pour cause : voyez que lorsque vous êtes calme, vous n'êtes personne en particulier. Êtes-vous un homme ? Une femme ? Vous sentez-vous être une mère, une infirmière, une avocate, un joueur de baseball, un Marocain, un Vietnamien, un homme quelconque ? Avez-vous un sexe ? Vraiment ? Une histoire ?

 

Voyez que toutes ces informations flottent et se bousculent au sein de la totalité que vous êtes. Aucune d'elles n'est vous, vous n'êtes réductible à aucune d'elles. En réalité vous êtes infiniment malléable. Jouez de cette plasticité.

 

Soyez un instant un animal, un chat, un singe facétieux, un koala, un porc affamé, un vieil éléphant fatigué, une girafe élancée, un bison, une araignée. Mettez-vous dans la peau de chaque animal, de chaque insecte.

 

Observez tout le plaisir qu'il y a à se laisser glisser d'un corps à l'autre, tantôt couvert de poils, tantôt de plumes ou d'écailles, parfois minuscule et parfois très grand. Voyez que rien ne vous oblige à n'être qu'un.

 

Essayez alors d'être plusieurs, simultanément. Soyez tout à la fois un arbre et un lion, un chat et une maison, un ours et un tracteur. Votre identité s'assouplit formidablement.

 

 

Bientôt vous vous sentez pouvoir être l'univers entier. Soyez-le vraiment.

 

Ensuite, ouvrez les yeux et regardez le dessin que vous avez fait de vous tout à l'heure vous, perçu de l'extérieur. Riez de bon cœur de la folle méprise. Ce rire est celui du poète.