Exploiter les données comportementales dans l'édition

Julien Helmlinger - 04.03.2015

Edition - International - Données de comportement - Big Data - Lecture numérique


Avec le développement des technologies numériques, l'industrie de l'édition a désormais les moyens d'accéder aux données comportementales des usagers des services dématérialisés, et de les exploiter à des fins de marketing. Les fournisseurs de technologies vantent la valeur de ces informations, mais les maisons d'édition, comme HarperCollins et Hachette, tarderaient encore à mettre véritablement ces renseignements à profit.

 

 

Big Data - CC by 2.0 par Marlus B

 

 

Avant l'apparition des ebooks, appareils et applications de lecture numérique, les données personnelles étaient difficilement accessibles aux éditeurs. Désormais, les comportements des lecteurs peuvent être capturés et analysés à grande échelle. On peut notamment se renseigner sur le temps mis pour achever un livre, ou isoler les passages où l'intérêt du lecteur pour un titre aurait été perdu.

 

Si des maisons majeures du secteur accordent de l'intérêt à ces données, il serait encore trop tôt pour les placer au centre des décisions éditoriales. Ainsi, Jim Hanas, directeur du développement de l'audience chez HarperCollins, estime que cette exploitation de données comportementales « est peut-être recevable pour certains modèles d'affaires, et pourrait actuellement l'être pour nous. Mais nous n'y sommes pas encore ».

 

Dan Lubart, qui occupe la fonction de vice-président des opérations de stratégie et d'édition chez Hachette, fait écho à la position de Jim Hanas : « Je suis intéressé par ces données. Je pense qu'il y aurait des moyens permettant de les utiliser si j'avais une meilleure piscine de données avec laquelle travailler, mais ce n'est pas quelque chose en quoi je m'implique pour le moment. »

 

Si certains remettent donc l'exploitation de ces données comportementales à plus tard, Kobo a d'ores et déjà invité l'industrie à se nourrir des datas que peut fournir la librairie numérique, dans l'optique d'anticiper les attentes du public et de quantifier plus précisément le succès d'un ouvrage. Une pratique qui soulève toutefois des questions quant aux risques d'exploitation abusive d'informations personnelles.

 

« Avec l'apparition de la lecture numérique, il est désormais possible de savoir comment un lecteur s'approprie le livre lui-même : quels livres n'ont pas été ouverts, lesquels ont été lus jusqu'à la dernière page et à quelle vitesse », notait Kobo en son rapport. En enregistrant les données des lecteurs — anonymisées ? —, les libraires numériques deviennent les pourvoyeurs de données précieuses pour les éditeurs.

 

L'exploitation de ces données comportementales est présentée par les uns comme la solution qui doit permettre de programmer les gros succès commerciaux de demain, quand les autres craignent que la pratique risque de formater le marché du livre et limiter la prise de risque des éditeurs. 

 

(via BookBusiness)