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Expo Crocodiles : "Nous sommes un peu consternés par cette annulation"

Antoine Oury - 25.11.2014

Edition - Société - projet Crocodiles tumblr - album Le Lombard BD - censure mairie Toulouse


Le « projet Crocodiles » était déjà fameux sur Internet : Thomas Mathieu, auteur, avait ouvert un blog sur lequel il dessinait les témoignages de femmes victimes de harcèlement et de violences, revus en remplaçant les agresseurs par des crocodiles. Des histoires vraies, donc, croquées crues et sans fard. Un album a été publié il y a quelques semaines par Le Lombard, et une exposition devait mettre en valeur une quinzaine de planches. La mairie de Toulouse a annulé cette dernière, pour cause d'« immoralité » et de « vulgarité ».

 

 

Une planche du projet Crocodiles, sur le Tumblr de Thomas Mathieu

 

 

Une telle décision, prise la veille de la Journée contre les violences faites aux femmes, semblait encore un peu plus incompréhensible. La mairie de Toulouse, via sa Mission Égalité, envisageait de proposer, dans le cadre d'une exposition, une quinzaine de planches de l'auteur Thomas Mathieu : « L'auteur a été contacté pour faire cette exposition, avec la reproduction de certaines planches de l'album », explique Nathalie Van Campenhoudt, éditrice de l'album Les Crocodiles chez Le Lombard, contactée par ActuaLitté.

 

Avec l'accord de l'auteur, l'éditeur autorise alors la mairie à reproduire gracieusement les 17 planches, sélectionnées par les équipes municipales elles-mêmes.

 

C'est un passage devant la commission Cohésion sociale de Toulouse Métropole qui aurait visiblement posé problème : l'élue UMP Laurence Katzenmayer aurait refusé d'exposer les planches, parlant de « vulgarité » et de « caractère immoral ». « Si les échanges durant cette réunion ont bien porté sur le caractère provocateur et parfois vulgaire de certains textes, je n'ai jamais parlé d'immoralité pour indiquer mes réserves sur ce projet », a toutefois rectifié l'élue auprès du journal Le Monde.

 

Le maire UMP de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, aurait été sollicité pour rendre sa décision finale, d'après le groupe socialiste, ce que la mairie et l'élue UMP en charge du projet réfutent. En somme chacun se renvoie la balle, mais la présence des planches a bel et bien été refusée.

 

« Nous ne comprenons pas, nous sommes bien entendu très étonnés : il y a bien sûr des propos vulgaires, peut-être choquants, mais c'est justement cette réalité que nous dénonçons dans cet album. Il fallait cette vulgarité pour rendre compte de ces témoignages réels », déplore Nathalie Van Campenhoudt, depuis Bruxelles.

 

C'est d'ailleurs en Belgique que le projet de Thomas Mathieu a trouvé son point de départ : en 2012, Sofie Peeters, alors étudiante à la Haute école Rits, décide de filmer en caméra cachée sa promenade dans les rues de la capitale, pour son projet de fin d'études, Femme de la rue. Le spectateur assiste à plusieurs cas de harcèlement de rue, et le court-métrage soulève une question nationale, avec des extraits diffusés dans les JT.

 

 

 

 

« Cette vidéo a vraiment soulevé une prise de conscience, aussi bien au niveau individuel que social. Une loi a été promulguée pour que les femmes puissent porter plainte pour des cas de harcèlement de rue, même si cette procédure reste délicate à effectuer pour elles », explique Nathalie Van Campenhoudt. Le travail de Thomas Mathieu, s'il a démarré avec des cas de harcèlement de rue, s'est finalement étendu à toutes les formes de violences, du viol conjugal à la lesbophobie.

 

Depuis la Belgique, toutefois, la nouvelle de l'annulation provoque des réactions unanimes, et « consternées » : « C'est peut-être une différence de mentalité avec la France. En Belgique, à l'occasion de la journée de la Femme, un guide édité par la mutualité socialiste, comprenant des illustrations de Thomas Mathieu, a été distribué dans les plannings familiaux », rappelle-t-elle. L'édition franco-belge, au sein de Média Participations, était en tout cas « tout à fait assumée » par l'ensemble du groupe.

 

Malheureusement, ce cas de censure fait aussi état de la loi du silence qui s'applique encore pour les violences faites aux femmes.

 

C-après, le reportage réalisé par France 3 :