Exportant les auteurs russes vers l'anglais, l'éditeur Glas arrête son activité

Cécile Mazin - 05.11.2014

Edition - International - Natasha Petrova - russie éditeur - traduction livres auteurs


Alors que le groupe Hachette a récemment augmenté sa prise de participation dans la société Azbooka-Atticus, le groupe russe, un éditeur du pays vient d'annoncer l'arrêt de son activité. Glas Publishing, la société de Natasha Perova, s'était spécialisée dans la littérature russe avec des auteurs contemporains, depuis 1991, ouvrant le pays à une ère littéraire postsoviétique. Un quart de siècle de travail, qui s'arrêtera là.

 

L'éditrice Nataha Glas et ses livres

 

 

Un genre dont elle est tombée amoureuse, affirme-t-elle, dès la fin des années 80. « Je regrette seulement que, par manque de fonds, je ne pouvais pas publier tous les livres que j'admirais. Beaucoup de noms d'auteurs brillants ont été négligés par les éditeurs étrangers. »

 

Natash Perova faisait plus : elle s'était donnée pour mission de transmettre au monde les écrits de ses auteurs, assurant une vente des droits principalement vers l'anglais. Sa maison est alors devenue une source d'approvisionnement riche en littérature contemporaine. « Je pensais que le monde aurait le souffle coupé d'admiration, mais les éditeurs et le public ont été lents à apprécier » ce qu'elle défendait.

 

Dans un premier temps, elle avait pour idée de se lancer dans des publications d'anthologies, mais les auteurs l'ont finalement submergée. Son catalogue compte tout de même une trentaine d'anthologies contenant 170 auteurs russes, chacun représentatif d'un mouvement, d'un style, d'une tendance.

 

L'une des difficultés financières à laquelle elle s'est confrontée, c'est qu'en publiant en anglais des auteurs russes, elle n'était pas éligible aux différentes subventions possibles. Et désormais, « il n'est plus possible de publier de la littérature traduite sans aide extérieure, ce que je n'ai jamais eu ». 

 

L'autre point, c'est la littérature russe elle-même qui en est responsable. De nombreux écrivains émigrent et brossent « un tableau plus digeste de la Russie », reconnaît-elle. Ainsi, au Royaume-Uni, les ventes de son distributeur ont fortement diminué, alors que dans le même temps, les éditeurs se faisaient plus frileux à voir ces portraits d'un pays à l'état brut, « avec ses misères et ses luttes ». C'est la convergence de l'édition et de la géopolitique.

 

« Nos distributeurs américains m'ont dit, cet été, qu'en raison de l'attitude de la Russie, ils ne parvenaient plus à vendre correctement nos ouvrages. » Seule l'Angleterre continuera de commercialiser les titres du fonds qui restent. 

 

Fin de partie, donc, pour celle qui fut la première à porter une traduction vers l'anglais du chef d'œuvre de Boulgakov, Le Maître et Marguerite, traduit par Michael Glenny. 

 

 

 

http://rbth.co.uk/literature/2014/10/31/glas_publishing_house_is_suspending_its_activity_41081.html