Exporter les livres canadiens, nouvelles perspectives pour l'industrie

Nicolas Gary - 13.01.2015

Edition - International - Canada édition - industrie livre - export jeunesse


Le chercheur québécois Stéphane Labbé vient de publier une étude avec l'Université du Québec à Trois-Rivières. Cette dernière brosse un tableau sur les perspectives de l'édition, à l'export. L'homme, qui achève un doctorat en communications sociales, indique que l'évolution de ce marché représente une excellente piste pour le développement de l'industrie du livre. 

 

 

Canada Water Kids Library

Barney Moss, CC BY 2.0 

 

 

En s'appuyant sur des données fournies par 75 éditeurs de langue française et 75 autres de langue anglaise, le chercheur a pris plusieurs critères en compte pour établir son étude. Les plus importants marchés à l'export, pour le Canada, sont assez logiquement les États-Unis, puis le Royaume-Uni, et viennent enfin l'Europe occidentale et l'Amérique latine. Les ventes de licences comptent pour 10 % des exports.

 

La majorité porte d'ailleurs sur la littérature jeunesse, entre 48 et 59 %. Les livres jeunesse et manuels sont d'ailleurs très populaires en Asie – Chine, Philippines et Singapour. A contrario, la fiction adulte est privilégiée en Europe occidentale et Amérique latine. La non-fiction pour adultes s'écoule aux États-Unis, en Europe occidentale, en Amérique latine ainsi qu'en Scandinavie. 

 

Le marché affiche également une autre tendance : au fil du temps, les éditeurs de langue anglaise sont parvenus à mieux exporter leurs ouvrages que leurs confrères de langue française. « Les barrières linguistiques sont légèrement plus importantes pour les éditeurs de langue française », souligne le chercheur. 

 

Enfin, l'étude montre que les éditeurs disposant d'un chiffre d'affaires inférieur à 1,5 million $ sont les exportateurs les plus actifs, et tendent à développer plus encore cette activité. Entre 2005 et 2014, ces petites maisons ont connu une croissance globale de leurs ventes, y compris sur le territoire canadien. Les grosses boutiques, en revanche, voient leurs ventes à l'export diminuer, que ce soit au Canada ou à l'étranger. 

 

Stéphane Labbé a publié en décembre dernier ses conclusions détaillées, et espère la renouveler tous les quatre ans. « Nous pourrions suivre l'évolution de ces exportations, ce qui serait une excellente ressource pour ceux qui sont dans l'industrie de l'édition, et pour les chercheurs », conclut-il. « Par exemple, il serait utile de refaire cette étude tous les 3-4 ans pour vérifier l'évolution des données. Il serait aussi intéressant d'effectuer des analyses comparatives avec les données d'autres pays. Des entretiens pourraient également être réalisés auprès des éditeurs, pour comprendre leurs pratiques et leurs choix d'exportation » 

 

Les données sont issues de Livres Canada Books, organisation basée à Ottawa, à but non lucratif, et réalisées avec le soutien de l'Association nationale des éditeurs de livres. Elles portent sur les années 2005 puis 2010 à 2014. (via Entête

 

Parmi les perspectives pour le développement à l'export, Stéphane Labbé avait recommandé de passer par le modèle de l'impression à la demande. Détaillant les différents avantages à investir dans cette solution, il montre que les éditeurs peuvent commercialiser un maximum d'ouvrages, sans avoir ni d'inventaire ni de frais d'entrepôts, toujours coûteux. Enfin, l'impression à la demande permet de mettre en place rapidement une offre, pour répondre à la demande. 

 

L'exploitation d'un catalogue à l'étranger implique cependant de réaliser quelques adaptations – un ISBN local, un titre adapté, etc. – et de recommander d'expérimenter avec 50 titres qui pourraient servir de base de travail. (à télécharger en PDF)