Extinction culturelle : 260 millions € à trouver pour les artistes auteurs

Nicolas Gary - 27.06.2019

Edition - Société - retraite artistes auteurs - extinction culturelle - gouvernement auteurs


Durant des semaines, les réseaux sociaux se sont remplis de dessins et de tribunes d’auteurs exprimant leur mal-être social. La campagne Extinction Culturelle a battu son plein. Pour l’occasion, Léa Frédeval, réalisatrice, et Xavier Dorison, scénariste, ont réalisé six courts films à l’humour noir révélateur, pour soutenir le mouvement. 


crédit Roland Garrigue

 
À ce jour, tous les courts ont été en intégralité diffusés désormais, mettant en scène un monde dans lequel les auteurs français contemporains auraient disparu. (voir le bilan)

Mobilisation et engagement

Mais au-delà de la communication, c’est une action politique qui a été menée : des centaines de parlementaires ont reçu des courriers de la part de créateurs, mais aussi de lecteurs et de citoyens engagés. « De nombreuses rencontres ont eu lieu avec des députés et sénateurs », indique la Ligue des auteurs professionnels. « Certains développements de ces travaux avec les parlementaires sont encore à venir. »

À la journée de la Ligue, ActuaLitté a pu échanger avec les auteurs présents, pour voir leur sentiment sur cette campagne toute nouvelle dans la sphère des organisations professionnelles d’auteurs.

« J’ai trouvé cette idée géniale, dit une autrice de romans. En fait, la Ligue nous a donné un outil pour agir, nous. Très souvent, on est un peu perdus, les sujets sont très compliqués. On se sent impuissants. Là, on a pu faire quelque chose. »

« La création de la Ligue est une excellente nouvelle », ajoutait une illustratrice jeunesse. Ça faisait longtemps qu’on attendait une convergence entre nos luttes dans les différents secteurs du livre. Moi, en tant qu’illustratrice jeunesse, je suis adhérente à plusieurs organisations. »

La retraite, sans flambeau (ni revenus ?)

Il faut dire que le sujet de la retraite pour les artistes auteurs est loin d’être simple. Une récente rencontre d’une délégation du CPE et du SNE avec les représentants du Haut-Commissaire à la réforme des retraites semble indiquer que les spécificités des artistes auteurs ont été entendues. 

Pourtant, tant que rien n’est écrit noir sur blanc dans le rapport que le Haut-Commissaire doit remettre en juillet, les organisations professionnelles restent inquiètes. Ce que la Ligue attend, comme d’autres organisations de défense des auteurs, c’est le maintien des principes de la loi de 1975, qui a ouvert les droits sociaux aux artistes auteurs. 

Mais pourquoi cette situation ? Dans la loi de 1975, il incombait aux diffuseurs (éditeurs, producteurs, etc.) de compenser la part patronale. Malgré cela, elle n’a été remplacée que par une faible contribution de 1,1 %. C’est infime : les cotisations patronales sont plutôt normalement de l’ordre du double des cotisations du salarié.


crédit Michaël Escoffier

 
La Sécurité sociale a estimé le manque à gagner de la part patronale pour la retraite de l’ensemble des artistes auteurs à 260 millions €. C’est donc une somme importante à laquelle les diffuseurs, éditeurs, producteurs, etc. ont réussi à se soustraire jusqu’à maintenant. 

260 millions € en perspective... et comment ?

On pourrait penser qu’il faut maintenant que les créateurs la payent eux-mêmes, devenant de fait comme des indépendants, mais la plupart n’en a financièrement pas les moyens. On pourrait surtout penser, plus logiquement, qu’il faut que les diffuseurs respectent enfin ce qui avait été inscrit dans la loi de 1975.

Mais aujourd’hui, tout le système culturel français s’est construit avec cette quasi-absence de part patronale, avec ce manque à gagner. Si ce coût devait être imposé aux artistes auteurs, vu leur précarité actuelle, ce serait provoquer l’effondrement de la création en France. 

S’il devait être réimposé aux diffuseurs, cela reviendrait sans doute au même : le premier réflexe de ces diffuseurs sera de baisser d’autant la rémunération des créateurs. En effet, vu l’absence de régulation, les auteurs servent aujourd’hui de variable d’ajustement à tout un secteur économique.

La Ligue demande donc aux pouvoirs publics de veiller à ce que les réformes en cours n’aggravent encore la situation économique et sociale déjà extrêmement précaire des artistes auteurs. Au contraire, la volonté actuelle de simplification et de remise à plat est l’occasion de remettre enfin les créateurs et créatrices à leur juste place.

Il faut toutefois raison garder : si le gouvernement acte la prise en charge des 260 millions € de part patronale par l’État, cela ne peut pas profiter, sans contrepartie, qu’aux seuls diffuseurs, éditeurs producteurs, etc. Un tel choix politique rend, au contraire, légitime et nécessaire la mise en place d’une régulation des industries créatives contre les abus envers les artistes auteurs. 

Ce ne sera que rendre justice à ceux et celles qui sont à l’origine de toute la création et, donc, de tous les emplois et les profits qu’elle génère.

Retrouver les différentes vidéos ci-dessous :
 











Ndlr : Extinction culturelle est organisée par la Ligue des auteurs professionnels, à laquelle ont participé la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le SNAC BD, les États généraux de la BD, les Écrivains Associés du Théâtre, la Guilde des scénaristes, l’Association des traducteurs littéraires de France, Central Vapeur, Séquence 7, l’Union des photographes professionnels et le Syndicat français des agents artistiques et littéraires.


Commentaires
Ces films courts font comprendre par l'absurde que la culture est un bien "enrichissant" et non délocalisable. Pourtant, si on n'y prend garde, nous allons ubériser la culture. L'ignorance ne rapporte qu'aux vendeurs de virtuel... La culture est encore le baromètre d'un projet comment aux multiples facettes.
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