Face à la morosité du marché, l'édition allemande veut augmenter les prix

Antoine Oury - 09.12.2015

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La fin de l'année approche, et avec elle tous les bilans, tops et autres flops que les journalistes pourront inventer. Et puis, il y a des entretiens un peu plus intéressants : celui de Heinrich Riethmüller, par exemple, le directeur de la chaîne de librairies Osiander et président de l'association des libraires du Börsenverein (syndicat des éditeurs et des librairies allemands). Pour contrer « la stagnation du marché du livre », il invite tous les acteurs à augmenter leur prix.

 

Vintage Rising Home Prices

(Chris Potter, CC BY 2.0)

 

 

Avec son point de vue de libraire et de membre d'une association rassemblant des vendeurs de livres et des éditeurs, Heinrich Riethmüller ne regarde pas l'année 2016 avec un œil bienveillant : « Les coûts sont constamment en augmentation », estime le responsable, quand « le marché est stagnant », indique-t-il au BuchReport. Et la solution s'impose, selon lui : « Nous ne pourrons sortir de ce piège qu'avec une hausse des prix », assure-t-il.

 

L'homme recommande également une collaboration encore plus poussée entre éditeurs et libraires — ce qui n'étonnera guère, vu sa position. Mais il tient bon sur la question du prix, tout en sachant pertinemment qu’une telle déclaration n’est guère populaire : « Je déplore le fait que trop peu d’éditeurs osent maintenir le prix du livre à 9,90 € ou 19,90 € », précise-t-il. Comprendre, respectivement, pour le livre numérique et le livre papier grand format.

 

Si le marché allemand a connu un léger recul entre 2013 et 2014, selon les données de l’IPA, il conserve sa position de troisième plus grand marché mondial, derrière les États-Unis et la Chine. En 2014, le chiffre d’affaires de l’édition allemande s’arrêtait à 5,5 milliards €, et le nombre de titres publiés dans l’année à 87.134, contre 93.600 l’année précédente.

 

Difficile de saisir pourquoi, au premier abord, vouloir maintenir un prix élevé du livre : l’Allemagne, tout comme la France, dispose d’un prix unique du livre papier, qui sera bientôt étendu au livre numérique, d’ailleurs. La raison est plutôt à charger du côté d’un maintien du chiffre d’affaires et des bénéfices, quand les ventes de livres en elle-même sont en baisse.

 

Par ailleurs, la rémunération des auteurs reste une préoccupation de taille pour les éditeurs, qu’exprimait Vincent Montagne, le président du Syndicat National de l’édition, en mars dernier. « Un livre, dans sa fabrication, ne coûte que 15 % du prix final. En réalité, ce qui coûte le plus cher, c’est tout ce qui touche à la réalisation et à la conception du livre et de l’auteur. On ne peut pas traiter le livre numérique au marginal, et bientôt nous aurons même des éditeurs qui publieront d’abord en numérique, et ensuite en papier »

 

 Et, déjà, le président du SNE et PDG du groupe Média-Participations recommandait une protection absolue des prix, aussi bien pour le papier que pour le numérique. « Si nous voulons préserver une rémunération des auteurs qui soit suffisante, il faut maintenir un prix élevé et surtout éviter de dévaluer, avec l’impression qu’un livre numérique serait différent du papier, parce que cette œuvre de l’esprit est la même, elle ne change pas de nature en changeant de support », affirme Vincent Montagne.

 

Le principal défi étant de maintenir un certain équilibre, pour que les lecteurs y trouvent encore leur compte : il ne faudrait pas que les seuls achats de livres soient réalisés en vue de cadeaux...