Facebook censure la Déclaration d'indépendance, un “discours de haine”

Antoine Oury - 06.07.2018

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Scandale aux États-Unis : le réseau social Facebook vient de faire un sacré faux pas patriotique en censurant un passage de la Déclaration d'indépendance, ou plutôt en laissant son algorithme faire le sale boulot. Ce dernier a jugé que le texte à l'origine des États-Unis était haineux : il n'avait, en soi, pas tout à fait tort, mais l'événement interroge à nouveau le recours à des procédés automatiques de modération.


Declaration of Independence
(Tom Ipri, CC BY-SA 2.0)



Rendu public le 4 juillet 1776, le texte de la Déclaration d'indépendance est l'acte fondateur des États-Unis : les treize colonies britanniques d'Amérique du Nord font alors sécession de la Grande-Bretagne, estimant que l'autorité exercée par cette dernière, notamment au niveau fiscal, devient un peu trop difficile à supporter.

Le 4 juillet, aux États-Unis, est aujourd'hui le jour de la fête nationale.

 

Rédigée par Thomas Jefferson, la Déclaration d'indépendance est un texte surtout connu de nom : pour cette raison, le journal texan Liberty County Vindicator a décidé d'en publier un extrait sur sa page Facebook, tous les jours, entre le 24 juin et le 4 juillet. Et, ce, pour offrir à ses lecteurs de découvrir l'intégralité du texte.

 

C'est au cours de cette publication en continu que la censure est intervenue : elle a touché les paragraphes 27-31 de la Déclaration, au cours desquels les colonies britanniques énumèrent les différents griefs reprochés à George III, le souverain britannique.

 

« Il a pillé nos mers, ravagé nos côtes, brûlé nos villes et détruit la vie de notre peuple », peut-on notamment lire dans ces paragraphes, qui décrivent les combats menés contre la couronne britannique et les atteintes de la monarchie à la liberté des colonies d'Amérique du Nord.

« Il a facilité des insurrections domestiques sur notre territoire, et s'est efforcé de pousser les habitants de nos frontières, les Indiens sauvages sans pitié, dont l'unique règle en matière de guerre est la destruction indistincte de tous les âges, sexes et conditions », poursuit encore la Déclaration.

 

C'est ce passage, selon le journal, qui aurait choqué l'algorithme de Facebook. De manière pragmatique, il y a de quoi : les « Indiens » sont décrits comme des peuples sanguinaires alors même que leurs territoires étaient spoliés par les colons, eux-mêmes prompts aux massacres. Sauf que le robot de Facebook n'a pas relevé le caractère historique du texte : plutôt que d'afficher des explications sur le contexte, il s'est contenté de supprimer purement et simplement la publication.

 

Le message, automatique, était aussi laconique : le texte « va à l'encontre de notre règlement sur les discours haineux ». Le journal s'est empressé de publier un article sur cette censure, et les effets ne se sont pas fait attendre : Facebook a reconnu l'erreur et a rétabli le post en question. Pour autant, difficile de ne pas s'interroger sur la rapidité de cette action dans le cas où un article n'aurait pas été publié dans le quotidien, dénonçant cette censure.

 

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Enfin, les réactions imprévisibles — ou, peut-être, trop prévisibles — de l'algorithme Facebook évoquent l'opportunité de mettre en place un système de filtre automatique au niveau européen, comme suggéré par l'article 13 de la directive sur le droit d'auteur, pour lutter contre le piratage d'œuvres protégées...

Il faudra sans doute s'attendre à d'autres cas de faux positifs.




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